Retour sur l'exposition Habiter l’inhabituel d'Éric Hattan au Frac PACA

Fric frac à tous les étages !Vu par Zibeline

• 1 février 2014⇒4 mai 2014, 14 février 2014, 14 mars 2014, 11 avril 2014 •
Retour sur l'exposition Habiter l’inhabituel d'Éric Hattan au Frac PACA  - Zibeline

L’artiste suisse Éric Hattan est un farceur, un prestidigitateur ou la combinaison des deux. Il est dans tous les cas un habitué de l’inhabituel et du Frac Paca, plébiscité par Pascal Neveux avant même que le bâtiment de Kengo Kuma ne se dresse à la Joliette. Il est là comme le fantôme de l’opéra, laissant de ses errances traces, objets, interventions, éléments insolites qui mettent en éveil notre regard sur l’architecture et le quartier. Interface entre intérieur et extérieur, espace domestique et espace d’exposition, qui démarre dès La cage d’escalier au contenu inattendu : «Des chaussures toutes portées, tient-il à préciser, comme un petit signe pour dire je suis chez moi chez quelqu’un d’autre.» Une fois passé le vestiaire éphémère et l’installation vidéo de télésurveillance (captation de la rue de son atelier parisien), chacun écrira sa propre histoire chez cet hôte de passage… Rien de spectaculaire, tout est dans l’infime. Les murs blancs sont propices aux trompe-l’œil et aux faux en tous genres : judas voyeur et sa porte condamnée, inversion des portes et du monte-charge, colonnes tronquées mais «vraies sculptures», néons en surnombre, monstrueux lampadaire à tête renversée qui fait entrer la lumière. «C’est un objet qui m’est cher depuis l’enfance car mon père était électricien», confie Éric Hattan comme si sa présence allait de soi ! Ainsi va Habiter l’inhabituel, sorte de «journal d’un usager de l’espace»1, avec son lot de vraies/fausses trappes, de gouttes d’eau tombées du ciel dans des seaux en plastique, de cartels déplacés. Un ensemble d’interventions perturbatrices provoquées par sa découverte d’éléments obligatoires mais trompeurs : la succession de flèches d’issues de secours ne nous font-elles pas tourner en rond ? L’artiste profite de la moindre anicroche pour chambouler le parcours jusqu’à l’étage supérieur en proposant plusieurs configurations. Selon les choix opérés, la déambulation incite à passer devant une installation (des étais soutiennent, non pas le plafond, mais un matelas) ou directement vers un hangar à outils en tôle transformé en salle vidéo. En guise d’épilogue, une ribambelle de rideaux de douche plastifiés dissimule une installation aléatoire qui «joue avec les baies vitrées, la cour extérieure et les habitants tout près» : Beyroots, acquise par le Frac en 2011, constituée de 23 chaises lestées par un bloc de béton de Beyrouth «pour lui donner ses racines, un certain poids». Fusse-t-il symbolique. Car derrière son esprit fantaisiste et provocateur, Éric Hattan s’interroge sur notre familiarité au monde.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2014

1 Extrait du feuillet mobile «Prière d’insérer», Espèces d’espaces, Georges Perec, 1974

Habiter l’inhabituel
jusqu’au 4 mai
Nocturnes les 14 février, 14 mars et 11 avril jusqu’à 21 h
Frac, Marseille 2e
04 91 91 30 47
www.fracpaca.org

Photo : Exposition Eric Hattan au Frac, 2014. Au premier plan “Main courante”, au second plan “(Sans) tambour (ni trompette)” © MGG-Zibeline