Critique: Fred Nevché en ouverture du festival Avec le Temps
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Fred Nevché en ouverture du festival Avec le Temps

Fred Nevché, jeunesse retrouvée

Fred Nevché en ouverture du festival Avec le Temps - Zibeline

Y-a-t-il plus légitime ambition pour un artiste que d’essayer de retrouver la jeunesse apte à ressourcer tout projet créatif ? Ça semble être la démarche de Frédéric Nevchehirlian à l’écoute des prémices d’un album à venir (Valdevaqueros), livrées à l’occasion de l’ouverture du Festival Avec Le Temps au Merlan, où le Marseillais est artiste associé. Affranchi d’une parole un temps  vitupérante  (le “pamphlet” Rendez-nous l’argent) et dans le prolongement d’une veine plus sentimentale (Rétroviseur), son long poème Décibel porte le nom, selon son auteur, d’une plage d’Andalousie où le vent souffle sans cesse, à l’image du spoken word/stream of consciousness du poète-musicien, dont les mots tentent ici de saisir les manifestations de la vie. « Et le jour qui se lève comme une ode, c’est le vent, c’est l’amour qui revient » chante-t-il. Entretenu par Martin Mey (claviers, programmations) et Gildas Etevenard (batterie, pads), le climat musical est électro, d’abord assez aérien pour évoquer l’arrière-plan Houellebecquien de journées lasses, interzones ou le supermarché le dispute à l’aire d’autoroute, espaces agréés du « moderne ». L’artiste dévide sa pelote, se perd parfois dans des lieux communs (« la nuit on n’y voit rien » ?) mais parvient à installer son univers entre dégoût placide et légère ironie (le chorus « moi je rêve de Johnny souvent » comme mantra humoristique inattendu). Et puis au détour d’une poignée de chansons pop mieux troussées, Nevché parvient à nous faire pénétrer dans l’évidence de cette naïveté amoureuse qu’il recherche. C’est le moment où, sur Avec le besoin de la nuit, entre en scène, en un lever de rideau bien préparé, la trentaine de membres de l’Académie de Mandolines de Marseille puis les chœurs de deux classes CHAM du Collège Longchamp (dirigés par Fred Isoletta, par ailleurs rédacteur dans Zib’) pour deux chansons d’une belle ampleur. Si le dispositif musical sera ardu à reproduire à chaque concert, offrir sa musique et ses mots à l’enfance, le temps d’une soirée, est la meilleure chose qui pouvait arriver à l’artiste et sa poésie, libérés et apaisés.

HERVÉ LUCIEN
Mars 2018

Fred Nevché s’est produit le 15 mars au Merlan, Marseille, en ouverture du festival Avec le Temps.

Photographie : Fred Nevche © Thomas Bettini


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
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