« Un homme pareil aux autres » de René Maran est à retrouver chez Typhon, dans la collection « Après la tempête »

Franchir « l’abîme de la race » ?Lu par Zibeline

« Un homme pareil aux autres » de René Maran est à retrouver chez Typhon, dans la collection « Après la tempête »  - Zibeline

Il y a tout juste cent ans, René Maran (1887-1960) recevait le prix Goncourt pour Batouala (sous-titré : Véritable roman nègre). Précédé d’une préface au vitriol sur les dysfonctionnements de la colonisation, le roman suscita en son temps de vives polémiques et les plus folles rumeurs. Le fait que le prestigieux prix littéraire ait été, pour la première fois, attribué à un écrivain noir n’était sans doute pas étranger à ce scandale. N’empêche, ce Goncourt (et tous les remous qu’il provoqua) obligea l’écrivain d’origine martiniquaise à démissionner de son poste de fonctionnaire colonial ; et surtout, il réduisit longtemps l’œuvre de ce précurseur de la négritude à ce seul titre. On ne peut donc que se réjouir de la réédition, aux éditions du Typhon, d’un autre roman de Maran, Un homme pareil aux autres (paru pour la première fois en 1947 aux éditions de L’Arc en ciel). La très intéressante préface de Mohamed Mbougar Sarr le souligne : « C’est dans le présent livre qu’il est parvenu, en le donnant à vivre et sentir plus intimement, (…) à aller plus loin au cœur de la grande question existentielle de son œuvre et de sa vie : le problème de la barrière raciale, jusque (et surtout) dans les relations sentimentales. » Bien que Maran se soit toujours défendu d’avoir écrit une autobiographie, on perçoit des similitudes entre son parcours et celui de son protagoniste-narrateur, Jean Veneuse. Comme lui, il fait partie de ces Antillais cultivés, éduqués dans la meilleure tradition française, de ces « nègres comme on voudrait qu’il y eût beaucoup de blancs », ainsi que le déclare un de ses compagnons de voyage. La barrière de la couleur de peau l’empêche pourtant d’imaginer pouvoir un jour épouser celle qu’il aime, qu’il fuit au début de son original journal de bord. Un journal qu’il tiendra durant toute la navigation vers l’Afrique et plusieurs années dans son poste d’administrateur colonial. Si la solitude et l’ennui plombent parfois le récit de cet homme ultrasensible et enclin aux ressassements, le roman offre souvent de belles échappées sur la mer, les grands fleuves ou la savane brûlée de soleil. Et l’espoir d’être, enfin,« un homme pareil aux autres ».

FRED ROBERT
Novembre 2021

Les éditions Albin Michel ont sorti une réédition de Batouala en septembre 2021

À venir : René Maran, Prix Goncourt 1921, exposition, BMVR Alcazar, Marseille (16 novembre au 29 janvier)

Un homme pareil aux autres de René Maran
Éditions du Typhon, collection « Après la tempête », 17 €