Une suite de concerts symphoniques sans faute à l'Opéra de Toulon

France-AutricheVu par Zibeline

Une suite de concerts symphoniques sans faute à l'Opéra de Toulon  - Zibeline

Convoquer lors d’une même soirée de concert symphonique le ténor du classicisme et la fine fleur de la musique française moderne et contemporaine était un pari osé ; mais il n’y eut en réalité pas de match le 28 février à l’Opéra de Toulon, tant la qualité des interprètes effacait toute forme de rivalité stylistique et esthétique. Dans le Concerto pour piano n° 23 en la majeur, K.488 de Mozart, la décontraction et le génie interprétatif du soliste Adam Laloum transcendaient littéralement ce monumement de la littérature pianistique avec un jeu d’une éloquence rare qui invitait l’orchestre à un dialogue complice et savoureux. Sa maîtrise des nuances et du phrasé emportèrent notamment l’auditoire vers un sommet de poésie lors du fameux deuxième mouvement. Tout aussi merveilleux, l’ Andante de la Sonate en la majeur D.664 de Schubert fut offert en bis pour cloturer cet hommage au génie Viennois. La musique française n’était cependant pas en reste avec la création mondiale de la Symphonie n°3 «Sinfonietta» de Lionel Ginoux, partition commandée par la direction de l’Opéra en soutien à la création contemporaine. Réduite dans sa durée à une vingtaine de minutes, l’œuvre révélait un beau travail sur la texture sonore : dans le premier mouvement, où l’on percevait nettement la prédominance de la pulsation, une gamme descendante au trombone servait de matériel thématique à l’orchestre dans une trame mélodique d’esthétique assez répétitive. Le deuxième mouvement explorait la lenteur avec une écriture orchestrale dont le matériau thématique évoquait des nappes sonores synthétiques avec de longues tenues. Le troisième convoquait quant à lui la danse avec une rythmique obstinée et rebondissante aux cordes graves en pizzicati du plus bel effet. Pour interpréter le Concertino da Camera pour saxophone alto de Jacques Ibert, une autre soliste avait été invitée : dans les 2 mouvements que compte la partition, Femke Ijlstra se montrait d’une virtuosité éblouissante, tout en mettant en évidence la riche palette sonore de son instrument soutenu par de très belles couleurs orchestrales. Sa prestance scénique captiva l’assemblée dans un sublime bis pour saxophone solo d’écriture plus contemporaine. La Sinfonietta en 4 mouvements de Poulenc était jouée en guise de point d’orgue à cette superbe soirée dévoilant une écriture très ciselée faisant la part belle à un orchestre au diapason. En arbitre de la soirée, le chef Lio Kuokman imposait sa lecture juste et attentive à chaque spécificité stylistique. Sa direction très engagée témoignait d’une grande maîtrise des partitions quel que soit le répertoire joué, et portait l’orchestre et les solistes avec la même attention : un sans-faute.

ÉMILIEN MOREAU
Mars 2020

Concerts donnés le 28 février à l’Opéra de Toulon

Photo : Adam Laloum photo Harald Hoffmann © Sony Music Entertainment

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