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Retour sur la 24e édition de la Fiesta des Suds, dont on retiendra surtout les effrontées Amazones d’Afrique

Fraîchement fiesta

Retour sur la 24e édition de la Fiesta des Suds, dont on retiendra surtout les effrontées Amazones d’Afrique  - Zibeline

L’affiche de la 24e édition de la Fiesta des Suds invitait à s’enlacer. La température aussi. D’où sans doute une légère baisse dans la fréquentation du Dock avec 32 000 spectateurs, mais toujours autant d’engouement populaire.

Depuis que la Fiesta est sortie en version poche, pas question d’en sauter une page. Même si, sur le papier comme sur le thermomètre, on est un peu refroidis. Pourquoi diable Simone essaie tant de ressembler à Catherine ? Porter les patronymes Chichin et Ringer n’est-il déjà pas assez difficile à faire oublier pour que leurs héritiers, sous le nom de scène Minuit, croient utile d’en ajouter une couche. Mêmes intonations vocales chez la fille, même élégante impassibilité du jeu chez le fils. De la pop, du rock, un peu de funk, la recette fonctionne, surtout la nostalgie.

Mais la promesse des Amazones d’Afrique, et le souvenir du précédent événement consacré au continent noir dans ces mêmes lieux -Africa Express en 2013, sous la baguette de Damon Albarn- nous tient en haleine. Oumou Sangaré, Mamani Keïta et Mariam Doumbia n’auront pas déçu, offrant, près de deux heures et demie durant, un concert-manifeste sur l’émancipation de la femme, la dignité de l’Afrique et la solidarité entre les peuples. Des sujets qui collent particulièrement bien aux thématiques de leurs principaux invités, Mouss et Hakim de Zebda, toujours friands de nouvelles collaborations. Entourées de musiciennes exclusivement, les trois amazones citoyennes du monde ont créé une ambiance de communion rebelle et effrontée. Des instruments traditionnels et des voix libres pour un message assurément d’avenir.

La même générosité, la spiritualité en plus, se dégage de Cheikh Lo. L’ancien protégé de Youssou N’Dour décloisonne les styles au service d’une musique métissée qui fait se rencontrer M’Balax et rythmes afro-latins qu’ils viennent de Cuba ou du Brésil, son terrain de jeu n’est pas vraiment celui des musiques du monde, encore que, l’ovni Kadebostany s’illustre aussi par le mélange des genres. Des cuivres pour relever l’électro et du flow pour secouer la pop. Le tout dans une scénographie jouant sur les stéréotypes des régimes militaires.

Dans le derby reggae de la soirée d’ouverture, c’est incontestablement la Jamaïque qui a remporté le match face à la Côte-d’Ivoire. Par l’authenticité d’un son roots et la chaleur de la voix du chanteur Droop Lion, la nouvelle génération des mythiques Gladiators a mis KO une autre légende, Alpha Blondy dont l’œcuménisme et l’aseptisation ont fini par lasser.

L’afro-jazz-rock de C Mon Tigre s’avère être une très bonne surprise, et surtout un mélange étonnant. Aux passages expérimentaux où guitare et batterie se jaugent viennent se greffer des mélopées lancinantes de saxo et une voix pleine d’effets qui donnent un côté sombre à ce rock progressif jazz tourné vers l’Afrique.

Le dernier soir, notre festival d’automne prend un tournant résolument pop-rock à l’accent électro. Un contraste saisissant palpable jusque dans la typologie du public.

Puis, Aaron installe sa pop lounge dans son (nouvel) univers un brin sombre, hésitant entre un revival eigthies et un virage électro, c’est à Aufgang que revient la palme de l’électrochoc de la soirée. Un live détonnant et explosif, où Aymeric Westrich à la batterie et au piano Rami Khalifé (le fils du grand Marcel du même nom) ont déchainé une foule bondissante. Dans la salle des sucres, le «classique» se marie fort judicieusement aux beats d’une électro chauffée à blanc par notre pianiste multifonctions, lâchant un instant les mains d’un clavier devenu incandescent sous son jeu tantôt minimaliste par ses mélodies répétitives, tantôt orientalisant, tantôt impétueux et débridé. Juste après retour sur la grande scène extérieure où le groupe franco-finlandais The Do était fort attendu. Fort cette année d’une victoire de la musique pour son album électro-rock Shake Shook Shaken, et avant d’électriser un parterre bien garni, l’ambiance était plus indie pop lors des premiers titres de leur set, ce qui a mis un peu de temps à chauffer la foule encore sonnée par le déluge Aufgang, mais qui a eu le mérite d’installer un cadre enchanteur, aidé par le décor fantasmagorique qu’un Tim Burton n’aurait pas renié…

THOMAS DALICANTE et FRÉDÉRIC ISOLETTA
Novembre 2015

La 24e édition de la Fiesta des Suds s’est déroulée du 15 au 17 octobre, au Dock des Suds, à Marseille

Photo : Les-Amazones -c- Agnès Mellon