Tu reviendras, quête de soi de Brahim Metiba, aux éditions elyzad

Fragments d’un retour

Tu reviendras, quête de soi de Brahim Metiba, aux éditions elyzad - Zibeline

Le dernier texte de Brahim Metiba endosse un titre aux allures de prophétie ou d’injonction : Tu reviendras. À la manière de Proust qui débute À la recherche du temps perdu par le célèbre « Longtemps je me suis couché de bonne heure », Brahim Metiba évoque en incipit le coucher imposé à huit heures du soir, « quand j’étais petit, mon père faisait régner un règlement inébranlable »… La figure paternelle « jupitérienne » s’oppose à la douceur de la sœur qui lui tenait la main pour l’aider à s’endormir. Au passé magnifié et fantasmé de la jeunesse, répondent les réalités du retour au pays natal pour celui qui l’a quitté. Le narrateur, double fictionnel de l’auteur, a quitté l’Algérie et sa ville natale Skikda pour Paris. Son retour au bout de dix années d’absence est lié à « une séance au cabinet du psy, en juin, (son) mois de naissance. ». Le départ, rompant tout contact avec son père, avait suivi l’annonce de son homosexualité, « drame pour certains, une trahison pour d’autres » ; une « incompréhension » assurément. Entre la quête de soi, abondant en questions sans réponses, l’incompatibilité du corps et des dogmes qui avaient dirigé toute son enfance, le jeune homme revient sur son passé, confronte les langages, les atmosphères. L’écriture de son journal se mêle à la narration principale, en un dédoublement théâtral de soi. Les mots mettent en scène avec une acuité bouleversante l’auteur et son double, le protagoniste et ses écrits, jeu de miroir où le présent cherche son reflet dans un passé aboli. Pas de longues phrases, mais un texte fragmenté en courts paragraphes, notations brèves où tout un monde affleure… dans ce long poème en prose les vides construisent les formes, comme dans une toile de peintre. L’incapacité à tout dire, tout embrasser dans l’orbe des mots, dans une vaine tentative proustienne, devient objet à la fois de littérature et constat de nos capacités à appréhender ce qui nous entoure et nous-mêmes. « Où sont toutes ces secondes réellement vécues et que j’ai finalement oubliées en écrivant ? » s’exclame le poète. Ici, la simplicité nue des phrases s’emplit d’une étonnante profondeur.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

Tu reviendras
Brahim Metiba
éditions elyzad, 13 €