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Vu par Zibeline

Le théâtre dans la rue avec Fougues, pièce présentée par la Compagnie La Hurlante

Fougues de rue

Le théâtre dans la rue avec Fougues, pièce présentée par la Compagnie La Hurlante - Zibeline

Aller à la rencontre du public. Cela semble presque être un pléonasme lorsqu’il s’agit d’évoquer le spectacle vivant. Et pourtant. Il y a des degrés, une échelle des rencontres très ample entre scène et spectateurs. La Cie La Hurlante en a fait un préalable à toutes ses créations. Le travail porté par Caroline Cano puise son inspiration à la source des espaces et thématiques qu’elle investigue, pour les rendre réinventés, malaxés, poétisés, au cœur même des lieux et des existences qu’elle traverse. L’échange est alors direct, physique. La langue et le jeu infusent et s’implantent dans des périmètres où ils parlent plus fort à ceux qui les reçoivent, public d’habitants et spectateurs. Après les stupéfiants Je vous l’avais promis, vu à l’ESAT La Bulle bleue, et Regards en biais joué à la ZAT 2018, c’est dans le quartier Lemasson, toujours à Montpellier, que cette fameuse rencontre s’est faite. L’auteure a recueilli une multitude d’histoires, puisant dans les récits d’enfances nomades, celles qui transitent de foyers en familles d’accueil, de centres fermés en prison, et retour à la case départ. Le personnage d’Icare (Hugo Giordano) revient dans son quartier. Il est jeune, et pourtant, c’est comme si déjà plus rien n’était comme avant. Ses copains ne sont plus là depuis longtemps, plus personne ne semble le reconnaître. Alors il court, toujours ; il fuit ses souvenirs, il cherche à les retrouver. Il va, il vient, aux aguets. Il déclame son court passé en regardant le public à hauteur d’yeux, l’entraîne de rues en rues, accompagné par la musique, idoine, composée en direct par Adil Kaced. Les mots sont crus et beaux. L’écriture de Cano est lyrique, elle s’envole à l’assaut des barres d’immeubles, d’où des familles sortent les têtes pour attraper ces morceaux de théâtre vivant. Il croise des figures extraites de son enfance (incarnées par les très bons Gregory Nardella et Nathalie Aftimos), fripées, adoucies. Il doit fuir encore. Elles, garderont les lieux et sa mémoire.

ANNA ZISMAN
Février 2019

Fougues a été joué dans le quartier Lemasson à Montpellier, le 2 février

Photo : Fougues, Hugo Giordano © AZ