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Retour sur Au beau milieu de la forêt, de Katja Hunsinger, présenté en mars au Théâtre de Nîmes

Forêt interdite

Retour sur Au beau milieu de la forêt, de Katja Hunsinger, présenté en mars au Théâtre de Nîmes - Zibeline

De chaque côté de la scène, une belette empaillée. Un renard au fond. Quelques accessoires vintage : table roulante pour l’apéro, chaises de jardin en métal ajouré. Échantillons de mobilier Emmaüs. Les costumes des quatre acteurs sont dans la même veine. Le message scénographique semble nous souffler que le propos de la pièce est intemporel. Cela se passerait maintenant, ou il y a 40 ans, peu importe : c’est une histoire de famille, en dehors des événements du monde.

Il y a le père, la mère, le fils, qui revient après quinze ans d’absence, et la bru, la femme, l’amante, l’intruse -c’est selon, nouvel élément rapporté de la ville. Quatre personnages enfermés dans le huis clos d’une forêt réconfortante, envoûtante, effrayante, mystérieuse. Là aussi, c’est selon ; selon les dynamiques de ce quatuor qui s’entre-dévore dans des rapports d’amour-défiance. Ils sont Au beau milieu de la forêt.

Premier texte écrit et mis en scène par Katja Hunsinger (Collectif Les Possédés), cette reprise (la pièce a été créée en 2014) diffuse un sentiment mélangé. L’écriture est souvent percutante. Les mots claquent, armés de leur simplicité. « On ne sent pas ta jeunesse », lancé par la belle-mère, illuminée par la certitude de son propre potentiel séducteur (Françoise Gazio), à sa bru (Emilie Lafarge) qui vient de lui demander de la dépanner (elle a ses règles et n’a rien pour endiguer le sang qui coule), est cinglant.

Les deux femmes sont rivales. Le fils et mari (Julien Chavrial) est l’homme qui leur échappe, autant à l’une qu’à l’autre. Le père, lui, (Yves Arnault) oscille entre roublardise désenchantée et lutte contre de terribles souvenirs. Le propos très chargé est traité avec humour. Il y a aussi les croisements entre les deux couples. Séductions, attirances, pouvoir, exclusion, complicités. Ils sont perdus, tous les quatre, dans cette forêt dont ils parlent beaucoup mais qui reste impalpable pour le spectateur.

L’histoire n’éclot pas totalement (et pourtant la fin est on ne peut plus explicite), la progression dramatique ne nous entraîne pas dans la symbolique sylvestre, qui aurait pu porter les enjeux familiaux au cœur d’une fable inquiétante et onirique. On reste sur le seuil de la forêt, comme si l’auteure avait peur d’y pénétrer vraiment.

ANNA ZISMAN
Mai 2017

Au beau milieu de la forêt a été joué au Théâtre de Nîmes les 16 et 17 mars

Photo : © Jean-Louis Fernandez


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