Les marseillais ont l'amour de la musique

Folle journée à l’OpéraVu par Zibeline

Les marseillais ont l'amour de la musique - Zibeline

Après une partie de la nuit à déambuler autour du Vieux-Port, au top de la Clameur chantée d’après Verdi dès 19h, on se retrouve au Grand Théâtre, plein comme un œuf à 11h, petits yeux, mais l’esprit ouvert en souvenir des pupilles écarquillées de la veille !

L’Ouverture de MP2013 à l’Opéra de Marseille se poursuit avec une folle journée. On croise Maurice Xiberras, visiblement euphorique : le directeur des lieux ne s’attendait pas à un tel succès public ! C’est qu’une véritable foule s’est réunie samedi soir pour chanter sur le parvis de l’Opéra et dans les rues alentour, et ce dimanche, les quatre concerts gratuits se jouent à guichets fermés : 7500 personnes sont attendues ! On jubile, on se presse dans le grand hall, les escaliers sinueux, du parterre ampoulé au raide poulailler…

En matinée, le programme de musique de chambre évoque l’histoire de l’Opéra de Marseille, de ses destructions/reconstructions, projection d’images d’archives en renfort, et se tourne vers la création musicale d’aujourd’hui. En ce 13 janvier 2013, le jeune compositeur marseillais Florian Caroubi a la chance de voir son Quatuor créé devant près de 1800 personnes ! D’ordinaire, à l’occasion d’une telle affiche, l’assemblée est nettement plus intime ! Joué par le Quatuor Syrah, son opus, tiré d’un trait haletant et continu, recueille un beau succès. Les quatre cordes du cru, Louis-Alexandre Nicolini et Marie Hafiz (violons), Benjamin Clasen (alto) et François Torresani (violoncelle) livrent aussi un beau moment d’émotion avec une déchirante Prière de Turina sur les plans du Théâtre dévasté par l’incendie de 1919 !

Fazil en liberté

Dès que l’Ensemble Des Equilibres prend le relais, une nouvelle pâte sonore s’impose, rude, quasi-sauvage. Emmenées par la violoniste Agnès Pyka, les cordes de Marie Orenga (violon), Blandine Leydier (alto) et Luc Dedreuil (violoncelle) vibrent aux affres du Divorce imaginé par Fazil Say en 2010, de la colère à l’obédience fatale, nécessaire… Et le public en redemande à l’écoute d’un mouvement puissant, pulsé en crescendo, tel une «course à l’abîme», œuvre d’un Turc inconnu chez nous : Ulvi Cema Erkin. Au cœur de ce programme résolument moderne, on goûte à un pur instant de grâce lorsque Fazil Say, immense pianiste pour le coup, passe au clavier pour la Sonatine de Ravel. L’artiste communique avec le public, l’invite du regard à l’écoute intime, alors que ses mains dessinent des arabesques par-delà les touches : son jeu est fondamentalement libre, comme sa pensée, en bute avec l’esprit borné du gouvernement de sa Turquie natale. Il en connait le prix, de la liberté, le musicien… dans sa chair ! On en tressaille, on crie «vivat» !

Méditerranée, et King Lawrence

Après la pause prandiale, nous voilà de retour pour un spectacle concocté pour les jeunes chanteurs du CNIPAL. Leur Odyssée mise en espace, et accompagnée au piano par Marion Liotard, nous conduit sur les rives de l’Espagne de Carmen à l’Égypte de la Flûte enchantée, de l’Italienne à Alger au Turc en Italie, de la Provence de Mistral et Gounod (Mireille) à la Grèce revisitée par Offenbach… Les airs et les ensembles présentés enorgueillissent l’école internationale de chant basée à Marseille et ses élèves… qui n’en sont déjà plus !

On reste dans un programme méditerranéen avec le dernier événement de la journée : apothéose sonore, pour une assemblée ravie ! L’Orchestre Philharmonique de Marseille vire du coté de Carthage avec Les Troyens (monumental Berlioz qu’on entendra cet été avec Roberto Alagna), avant de remonter vers l’Espagne de Lalo en compagnie du violoniste Laurent Korcia tout en sensualité virtuose. On fait tomber les voiles, enfin, au quai de notre belle région, aux couleurs ensoleillées du galoubet fantasmé de Darius Milhaud (Suite Provençale) et de la Marche des Rois de Bizet. Cerise confite sur un gâteau de saison, Lawrence Foster commet un show burlesque, «so british» et pince-sans rire, sur le bis de la Farandole, au rythme effréné duquel il nous entraine, claquant des mains, vers les hourras… Visiblement, l’Orchestre a trouvé son «King» !

JACQUES FRESCHEL

Janvier 2012

Opéra de Marseille
2 Rue Molière
13001 Marseille
04 91 55 11 10
http://opera.marseille.fr/