Les Belles de nuit, création au Jeu de Paume

Fleurs d’oublisVu par Zibeline

• 12 mars 2020⇒14 mars 2020 •
Les Belles de nuit, création au Jeu de Paume - Zibeline

Les corolles des Belles de nuit, « mirabilis » de la famille des « nyctaginacées », s’ouvrent le soir avant de se faner au matin. Est-ce en pensant à elles qu’ont été composées Les Belles de nuit, nouvelle création de la dramaturge Magali Mouget mise en scène par Marie Provence ? Il y a quelque chose de l’ombre propice à ces plantes qui domine tout cela. Dans un travail de dédoublement répété, le personnage central, Michelle, aide-soignante, spécialiste coiffure, affronte en un lancinant tournoiement les étapes qui mènent à la vieillesse, en trois temps, à l’instar du tableau de Gustav Klimt Les Trois Âges de la femme. Tout commence par l’anniversaire des cinquante-cinq ans, cette « tangente de la dizaine », puisque ni ses cinquante ans ni ses soixante n’ont ou ne seront fêtés. Le dérisoire est mis en scène, poudre à paupière bleu lagon ou curaçao, lourdeur navrante de la fête, danses de camping, menu infect de grande distribution… Michelle se voit ballotée par son fils qui sort sa mère pour le repas festif obligé, feint le bonheur, alors que rien ne suggère la joie dans ces manifestations apprêtées, retourne à son travail à la maison de retraite La Roseraie, sympathise avec les pensionnaires, pose des bigoudis et coiffe à grand renfort de spray. En un cycle terrifiant où tout se délite, jusqu’aux quatre-vingt-cinq ans du personnage, les mêmes faits se reproduisent, le pied qui s’enfonce dans une flaque de boue en descendant de la voiture, fard à paupières invariablement bleu, absence de la sœur de Michelle, Monnette, restée en Algérie… la parole se distribue, le même personnage se fragmente, porté tour à tour par différentes comédiennes… Le texte suit sa boucle, jusqu’au final surprenant lorsque la mémoire défaille, que les inhibitions s’effacent et que l’être se perd.

Le sujet ne manque pas d’intérêt, et aurait sans doute demandé davantage de relief, de qualités introspectives. On a l’impression de rester au bord d’une création qui n’ose pas prendre son envol.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

Les Belles de nuit a été créé du 22 au 24 janvier au Jeu de Paume, Aix-en-Provence, et joué du 31 janvier au 2 février au théâtre Liberté, Toulon et le 8 février au théâtre Comoedia, Aubagne

À venir

12 au 14 mars
Théâtre Joliette, Marseille
04 91 90 74 28 theatrejoliette.fr

Photographie : belle de nuit © Mathieu Mangaretto

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/