Le festival Flamenco Azul a présenté deux pièces courtes, aux Bernardines

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Le festival Flamenco Azul a présenté deux pièces courtes, aux Bernardines  - Zibeline

Répercussion et Punto y seguido ont été présentés aux professionnels dans le cadre du festival Flamenco Azul.

En 2019, le lancement du festival Flamenco Azul par le centre Solea avec Arts et musiques en Provence et sous l’égide de l’École de flamenco d’Andalousie résonne comme une promesse de jours heureux pour les aficionados du genre. Si le coronavirus a eu raison de sa deuxième édition, en 2021 Flamenco Azul ne se résigne pas à l’annulation. Il fait face en construisant une programmation au fil de l’eau qui s’étalera jusqu’à l’automne, au gré des conditions gouvernementales. Comme la France n’est malheureusement pas l’Espagne où les plaisirs culturels et gastronomiques perdurent en dépit de la pandémie, c’est devant un public restreint aux professionnels qu’ont été montrées les deux premières propositions, deux pièces courtes détonantes. 

Répercussions s’inscrit dans le courant d’un flamenco contemporain, à la fois affranchi des codes et ancré dans son héritage. D’ailleurs, la chorégraphe et danseuse Ana Pérez a travaillé sa création avec Andrés Marin, un des précurseurs de cette révolution. Ici, les répercussions sont celles du passé sur le présent. Celles d’une histoire familiale faite de zones d’ombres sur la construction psychologique et professionnelle d’un être artiste. Ana Pérez danse la souffrance et la rage chevillées au corps. Ses gestes lents, répétitifs, parfois violents, expriment l’âpreté du parcours intérieur. Mais du traumatisme naissent les questionnements. Et dans l’introspection se dessinent les chemins de la libération. En résulte un flamenco intime et radical, épuré de tout artifice et qui explore des ramifications du côté de l’Afrique comme de l’Inde. Jusqu’à renvoyer à l’imaginaire butō. Ponctuée par la voix du père, le chorégraphe Patrick Servius, et enveloppée dans une création sonore d’Aurélien Dalmasso, Répercussions met en mouvement une prise de conscience salutaire pour ne pas dire salvatrice, une victoire sur le poids des non-dits. Si la pièce interroge la mémoire, ce n’est pas pour ce que cette dernière fait ressurgir mais bien pour ce qu’elle est capable de pacifier dans nos vies, pour le présent et pour l’avenir.

Vito Giotta et Angel Martinez Hernandez sont parmi les plus anciens danseurs actuels du Ballet national de Marseille. Ayant exercé sous trois directions et été dirigés par divers chorégraphes, ils se trouvent à un moment de leur carrière où s’exprime l’envie, si ce n’est le besoin, de se détacher de ce qui les a nourris. « De faire l’inventaire de [leurs] expériences et émotions », indiquent-ils sobrement. Autrement dit de s’extirper du collectif pour s’engager dans une recherche plus personnelle, danser pour eux-mêmes, leurs propres œuvres. L’un Italien, l’autre Espagnol, Vito et Angel ont donc créé la compagnie Labotilar et écrit le duo Punto y seguido. Un touchant exercice de mise à nu de leurs individualités autant que de la complicité qui les unit à la ville comme à la scène. Pourquoi une pièce de danse contemporaine figure-t-elle à l’affiche d’un festival de flamenco ? Au-delà de l’amitié et des aventures qui les lient à la programmatrice Maria Pérez, les deux danseurs transpirent l’âme flamenca dans l’attitude et la transmission. Clin d’œil aux origines de l’un d’eux, ils se lancent dans une danse sévillane déstructurée. S’il gagnerait encore à se consolider, Punto y seguido évoque avec humour et humilité la quête -et la reconquête- d’une altérité.

LUDOVIC TOMAS
Avril 2021

Répercussions et Punto y seguido ont été joués le 16 avril, au Théâtre des Bernardines, à Marseille.
Les captations des deux spectacles peuvent être visionnées gratuitement ici 
festivalflamenco-azul.com

Photo : Ana Pérez © Juan Conca