Vu par Zibeline

Emotion de découvrir Begin the beguine, le dernier texte de John Cassavetes

Flamboyant désespoir

Emotion de découvrir Begin the beguine, le dernier texte de John Cassavetes - Zibeline

Il y a un sentiment de vivre un moment un peu magique et grave, comme lorsqu’on soulève le couvercle d’une malle oubliée dans un grenier. Ce soir, Cassavetes nous livre son dernier texte, jamais joué depuis 30 ans pour cause de mort de l’auteur, puis des deux comédiens pressentis (Ben Gazzara et Peter Falk). Créé pour la première fois en 2014 par Jan Lauwers et sa Needcompany à Vienne, il nous propose une recréation de Begin the beguine à hTh, avec les acteurs de la troupe permanente de la scène nationale de Montpellier.

Deux copains, revenus de tout, prêts à tout, dans un cul de sac existentiel que seule l’amitié désenchantée pourra peut-être déblayer. Quelle émotion de retrouver les images, l’atmosphère, la folle irrévérence de l’auteur américain, là, devant nous, si vivantes et tellement vraies. Et très vite, le travail contemporain de Lauwers s’émancipe de l’icône. Bel acte de liberté.

Gito et Morris (Gonzalo Cunill et Juan Navarro) ont décidé, on ne saura pas réellement pourquoi, de brûler ce qu’il leur reste de désir et d’espoir. Ils s’engouffrent dans une spirale en huis clos, ils monologuent plus qu’ils ne parlent, trop tournés déjà vers leur fin toute proche. Les filles, commandées par téléphone comme on se fait livrer une pizza, défilent. Elles sont pré pubères, japonaises, grosses, soixantenaires, mannequins,… Des femmes, quoi. Les performeuses Romy Louise Lauwers et Inge Van Bruystegem les incarnent toutes, sans jouer sur l’âge ou le physique. Ce sont finalement toujours les mêmes femmes, qui écoutent, s’étourdissent et plongent avec Gito, chasseur d’arcs-en-ciel, et Morris, en quête d’un amour qu’il ne parvient plus à éprouver.

Le vide est trop plein de tout ce que chacun a laissé échapper, on ne sait comment, on ne sait quand. La très élégante mise en scène de Lauwers et les quatre comédiens inspirés entraînent le texte logorrhéique dans une impressionnante frénésie désespérée. Des images vidéos tournées en direct maintiennent le lien avec le cinéaste, la temporalité est fluide, l’intermittente réverbération sonore est tout sauf gadget, les hors-champs scéniques creusent le propos, et le sexe s’impose comme ludique, frais, tragique, et sinistre à la fois. « Quel est l’intérêt de ce jeu ? » demande l’un des personnages. Jouer et rejouer la vie, jusqu’à plus soif.

ANNA ZISMAN
Mars 2017

Begin the beguine a été joué à hTh les 26, 27, 28, 30, 31 janvier et 2, 3 et 4 février.

En tournée dans la région, le 16 mai au Cratère à Alès.

Photo : © Marc Ginot


CDN Humain Trop Humain
Domaine de Grammont
34000 Montpellier
04 67 99 25 00
www.humaintrophumain.fr