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Vu par Zibeline

Le Festival de musique de chambre de Salon s’achève en un somptueux octuor

Finale allegretto !

Le Festival de musique de chambre de Salon s’achève en un somptueux octuor - Zibeline

Le Festival international de musique de chambre de Provence conclut sa 26ème édition en feu d’artifice, suivant la gradation de ce genre de spectacle, passant du duo au quatuor puis à l’octuor qui sonne comme un grand orchestre, tant l’acoustique de la cour du Château de l’Empéri, et la qualité des instrumentistes se complètent.

La Sonate en fa majeur (MWVQ26) de Mendelssohn pour piano et violon, arrangée pour piano et flûte, déclinait son élégante fluidité, en un tempo soutenu, passant d’une intériorité aux accents quasi tragiques à une théâtrale légèreté. La flûte (Emmanuel Pahud) danse, enjouée, et le piano (Alessio Bax) s’autorise des pensées folâtres. Les fils mélodiques s’enlacent avec vivacité avant de laisser place à l’enthousiasme du Quatuor en mi bémol majeur opus 47 de Robert Schumann. Violon (Daishin Kashimoto), alto (Lilli Maijala), violoncelle (Zvi Plesser) répondent au piano d’Alessio Bax. La magie opère dès les premières mesures troublantes où la voix des cordes est délicatement rythmée par le piano. Clara Schumann s’exclamait en évoquant cette composition « de Robert », « j’ai été charmée par cette belle œuvre, si juvénile ». L’équilibre des parties, leur respiration ample, soulignent le lyrisme du propos, aérien, expressif, conversation mélancolique, art discret du contrepoint, écriture en canons, le tout fondu en une pâte sculptée avec finesse, avant le brillant Finale.

L’Octuor en fa majeur, D. 803 de Franz Schubert apportait au Festival une conclusion magistrale. Rareté que de pouvoir entendre une telle pièce, interprétée par Daishin Kashimoto, Maja Avramovic (violons), Lilli Maijala (alto), Zvi Plesser (violoncelle), Paul Meyer (clarinette), Gilbert Audin (basson), Benoît de Barsony (cor), Olivier Thiery (contrebasse). Cette pièce en six mouvements d’une longueur inhabituelle (quasiment une heure) jette un pont entre classicisme (dans l’esprit des divertissements et sérénades de Mozart) et expression romantique (le compositeur se serait inspiré du Septuor op.20 de Beethoven). Chaque instrument est ici traité en soliste, s’autorisant des assauts d’envolées virtuoses, le violon et la clarinette se répondent en écho, la contrebasse, soutenue par le basson, approfondit les couleurs du violoncelle, le cor éclaire les passages d’ombres. Les thèmes circulent entre les instruments, les rythmes ostinato glissent de l’un à l’autre, une palette inventive et lumineuse s’accorde à une émouvante simplicité (ô combien trompeuse !), s’ourle d’ombres fugaces, s’étonne de possibles gravités, avant un retournement vers la clarté et une conclusion ébouriffante.

Sans fin le public rappelle ce bel ensemble, on se dit que l’on reviendra pour la 27ème édition, sans faute, on garde précieusement les programmes remarquablement documentés, on se charge de disques, d’images… On prend conscience du privilège de ces instants au cours desquels on a écouté, côtoyé, rencontré, avec familiarité, de tels artistes !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Finale Fine a été donné le 8 août, cour du Château de l’Empéri, dans le cadre du Festival international de musique de chambre de Provence.

Photographie : © X-D.R.