Retour sur le festival Cinemed qui s'est déroulé du 25 octobre au 1er novembre, à Montpellier

Films du territoire méditerranéenVu par Zibeline

• 25 octobre 2014⇒1 novembre 2014 •
Retour sur le festival Cinemed qui s'est déroulé du 25 octobre au 1er novembre, à Montpellier - Zibeline

Quand sont proposés plus de 200 films, ce qui est le cas à Cinemed, le choix est plus que difficile, entre les films en compétition, les panoramas, les hommages, les avant-premières ! Sans oublier les rencontres et les tables rondes ! Bref, au fil des jours, des heures, de salle en salle, on parcourt les lieux de ce festival de territoire, de la Géorgie à la Turquie, du Maroc à Israël, de l’Espagne à la Grèce, de l’Algérie au Liban…

Le voyage a commencé en France avec en ouverture, dans la salle Berlioz du Corum archi comble, le deuxième film de Mélanie Laurent, Respire. Mélanie Laurent, ravie d’être là avec ses comédiennes Lou de Laâge et Joséphine Japy. 36e édition «déclarée ouverte» par la comédienne Leïla Bekhti à qui le festival donnait un coup de chapeau et qui, le lendemain est allée à la rencontre du public, répondant aux questions avec beaucoup de spontanéité de générosité.
Coup de cœur
La Terre éphémère du géorgien George Ovashvili, son deuxième film après L’Autre rive. Un vieil homme, au visage buriné, débarque sur un îlot, au milieu du fleuve Inguri, frontière naturelle entre la Géorgie et l’Abkhazie, baigné dans la brume. Il gratte la terre, la goûte, y trouve un petit objet -fume-cigarette ? sifflet ?- qu’il met dans sa poche. Une branche plantée dans cette terre qui lui convient, un morceau de tissu blanc accroché, un territoire va naître, un pays éphémère crée par la rivière. Et c’est à cette construction que le film, splendide, tourné en 35 mm, nous permet d’assister. Gestes lents et méticuleux du vieil homme maniant hache, scie, fil à plomb pour construire la cabane qui va l’abriter, lui et sa petite fille durant l’été. Longs travellings le long des arbres ou des plans de maïs qu’ils vont voir grandir, gros plans sur les mains ou le visage de la toute jeune adolescente, tacheté de son. Rares mots échangés. Ce sont les gestes et les regards qui parlent et on est littéralement captivé par l’image d’Elemér Ragályi, sublimée par la musique de Josef Bardanashvili. Cet ilot de nature paisible va être troublé par des coups de feu, ou sur les berges, par les gestes et les interpellations de soldats et de garde côte que la beauté de la jeune fille excite. Métaphore de la guerre entre l’Abkhazie et la Géorgie. Le fleuve coule, le temps passe, tout disparaît et tout va recommencer. Un vrai moment de bonheur cinématographique.
Nature
Un homme sort de prison. Pourquoi y était-il ? On ne le saura que plus tard. Il achète un gâteau et un ballon. Il retourne dans son village, au bord du lac pour revoir sa fille. Il s’appelle Kaya (Pierre) c’est un pêcheur. Il vivait avec sa femme, Filiz (Bourgeon), petite fille de shaman et sa fille, Deniz (Mer), mutique. Filiz est persuadée que la fillette peut guérir en mangeant un certain type de poisson en voie de disparition. Elle a vu en rêve que son grand-père lui proposait de faire quelque chose pour le lac : Deniz se rétablirait. Kaya qui veut que Deniz puisse continuer ses examens et soins médicaux doit gagner plus d’argent que ce que lui rapporte la pêche traditionnelle. Il va utiliser une méthode plus fructueuse mais qui aura des conséquences auxquelles il ne s’attendait pas. Balik, le deuxième volet de la trilogie que réalise le cinéaste turc Derviş Zaim, consacrée aux relations entre l’homme et la nature, est inspiré par un grand poète de la tradition soufie. «Le poisson mange l’herbe, la fillette mange le poisson et elle parle. Le poisson meurt et l’homme dont le nom est Pierre recommence le cycle : la pierre, les plantes, les animaux, les humains (…). Le film peut se voir aussi comme une métaphore de la société capitaliste qui permet de faire ce qui rapporte le plus sans se soucier des dégâts que cela peut causer à la nature comme à l’homme. Mes films ont plusieurs strates, précise Derviş Zaim et on peut aussi simplement s’attacher à l’histoire de cet homme qui a empoisonné le lac.» En tout cas, un film attachant et filmé avec beaucoup de tendresse pour ses personnages.
À suivre. …

ANNIE GAVA
Octobre 2014

Cinemed, le 36e Festival international du cinéma méditerranéen, s’est tenu à Montpellier du 25 octobre au 1er novembre
04 99 13 73 73
www.cinemed.tm.fr 

Photo : La Terre éphémère de George Ovashvili © Arizona distribution

Depuis la rédaction de ce retour critique, Terre éphémère a remporté 4 prix au CINEMED : l’Antigone d’Or, le Prix de la critique, le Prix du public et  celui de la Meilleure Musique!