Vu par Zibeline

Le Festival de Martigues s’achève entre liesse et tristesses

Fiers, insolents, libres !

Le Festival de Martigues s’achève entre liesse et tristesses - Zibeline

La devise du Festival de Martigues depuis l’attentat de Nice ( en 2016, le festival débutait huit jours après), Fiers, Insolents, Libres, s’est affichée une dernière fois sur les façades des maisons surplombant la scène du canal Saint-Sébastien. « Fierté d’être debout, insolence de d’exister et de clamer un indéfectible attachement aux valeurs de partage, de reconnaissance de l’altérité, liberté affirmée dans ses choix, sur lesquels aucune pression ne s’est jamais exercée » précisait Frédéric Guillen

Le ton du Festival, la qualité des groupes invités, ses stages, ses conférences, ses siestes du bout du monde, ses après-spectacles, ont marqué durant trente années les étés martégaux. Mais, malgré son caractère artistique, populaire, festif et éducatif, les diminutions de public et de groupes invités, ont été constantes. « On aurait arrêté il y a deux ans déjà, explique Marc Péron, Président du Festival, mais des subventions et des arriérés sur lesquels on ne comptait plus sont arrivés et nous ont permis d’atteindre le nombre rond des trente ans. Grâce à une subvention importante de la mairie qui nous a toujours soutenus, l’association peut fermer ses portes sans déposer de bilan, proprement. Certes, les activités gratuites n’ont pas désempli, mais le nombre de spectateurs a diminué, inexorablement, même cette année, il y a eu 200 places payantes comptabilisées en moins, malgré l’aspect « dernière fois » de cette édition. Il faut se rendre à l’évidence, ce projet ne marche plus pour le public actuel, ce qui remet en question pas mal de choses, sur la forme, les contenus, l’accessibilité, l’intérêt… même si l’ARCADE* nous classe 6ème sur tous festivals de l’année en région PACA.  Tous les artistes venus ont dit leur fierté d’être là pour le dernier festival. Selon eux, qui parcourent le monde, au niveau européen il n’y avait pas mieux. Beaucoup pleuraient dans les loges, le 28 juillet, jour de la clôture ! »

Des projets pour l’an prochain ? Rien n’est encore vraiment mis en place. Sans doute, un réel « travail de deuil » est nécessaire… Certains acteurs sont ainsi partagés entre tristesse, nostalgie, et peut-être même une certaine colère… Il est vrai que le Festival avait réussi à arracher le « folklore » de son aura réactionnaire et à l’ancrer dans une construction humaine, humaniste, généreuse, à l’échelle du monde. Présidée par Frédéric Guillen, vient de naître une nouvelle association qui fonctionne actuellement comme un groupe de réflexion, afin de déterminer un nouveau temps fort estival aussi porteur de sens, mais différent, moins couteux. La Ville s’est déclarée prête à aider et soutenir le/les nouveaux projet(s). Marc Péron s’est engagé à faire le relais avec la mairie, mais ne s’impliquera pas dans les instances dirigeantes de cette nouvelle structure, « place aux jeunes ! » sourit-il.

La dernière soirée au Canal Saint-Sébastien reflétait bien la dualité des émotions ressenties alors, avec une ouverture « plombante », avec le glas qui sonne accompagné de la litanie des dernières fois, et un final joyeux, les spectateurs debout sur les gradins, les artistes recommençant inlassablement danses et pirouettes, applaudissements sans fin adressés à la fois aux groupes présents, aux bénévoles qui ont tant donné, aux artisans de la fête, et aux trente années vécues, rythmées pour beaucoup par ce rendez-vous d’été dont la préparation durait une année entière.

Sourires, costumes chatoyants, instruments du monde, pas repris en chœur, chants… Utopie réalisée des peuples fraternels, le festival né un 4 août 1989, date ô combien symbolique, s’achève dans la liesse des pays qui se mêlent et s’entendent. On souhaite à Martigues de retrouver une manifestation à la signification aussi puissante et généreuse !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Le Festival international de Martigues, des Danses, Musiques et Voix du Monde a eu lieu du 21 au 28 juillet 2018 à Martigues.

Photographies © MC

*Arcade Provence-Alpes-Côte d’Azur : Agence Régionale des Arts du Spectacle