Bilan du Festival international de cinéma Marseille 2019

FIDMARSEILLE #30

Bilan du Festival international de cinéma Marseille 2019 - Zibeline

Le Festival International de Cinéma Marseille a drainé un public nombreux et varié, attiré par « ce cinéma d’hier et d’aujourd’hui » qui éclaire « des vies exceptionnelles ou minuscules »

Ouverture burlesque

On se pressait sur les gradins du Théâtre Silvain ce 9 juillet pour l’ouverture officielle de la trentième édition du Festival International de Marseille. Après le discours en duo du Délégué général Jean-Pierre Rehm et de la toute nouvelle Secrétaire générale Tsveta Dobreva, les deux invités d’honneur, l’artiste-cinéaste Sharon Lockhart et le cinéaste-artiste Bertrand Bonello ont reçu le prix d’honneur du FID. Initiée par un premier miracle météo qui avait arrêté la pluie du matin, la journée offrait un autre miracle en soirée : le Miracle du Saint Inconnu, premier film franco-marocain d’Alaa Eddine Aljem, ravi de le présenter devant un public si nombreux. Sélectionné à La Semaine de la Critique 2019, cette comédie burlesque lorgne du côté de Kaurismäki pour l’humour décalé façon clown blanc, les dialogues a minima et les plans dépouillés. Sauf que le désert marocain a remplacé la neige finlandaise et que le disciple, quoique talentueux, n’est pas encore au niveau du maître. Amine, juste avant son arrestation, a façonné une tombe sans nom dans le désert pour y cacher l’argent qu’il a volé. Après dix ans de prison il revient exhumer son butin. Las ! La tombe est devenue lieu de culte et de tourisme religieux. L’ancien bled s’est vidé pour se reconstruire autour du mausolée soigneusement gardé et exploité. Comique de situation et de répétition : les tentatives du malfrat, flanqué d’un acolyte benêt, échoueront toutes jusqu’à un surprenant revirement. Réjouissante galerie de portraits : un coiffeur-prothésiste filou, un médecin distributeur de Doliprane pour femmes désœuvrées, un infirmier placide un tantinet alcoolique, un paysan dépressif, un gardien amoureux de son chien aux dents d’or… Une micro société engluée dans les superstitions et l’ennui, tiraillée entre la foi et l’argent, un monde moderne qui avance à coup de dynamite et un mode de vie paysan moribond mais tenace. Il s’agit bien d’une fable sociale dont la morale comme souvent dans ce genre reste incertaine.

Bon anniversaire le FID

Le lendemain, première projection dans un cinéma flambant neuf, Les Variétés, dont la réouverture tant attendue va réjouir les Marseillais. Ça fleure bon le neuf, et dans de confortables fauteuils, les premiers spectateurs ont eu la chance de voir le cadeau offert par plus d’une trentaine de cinéastes à un festival qui souffle ses trente bougies. Un kaléidoscope d’images et de sons, de très courts films venus du monde entier, réalisés spécialement ou choisis dans la cinémathèque personnelle de ceux et celles qui sont venu-e-s un jour au FID. Séquences en couleurs ou en noir et blanc, tournées en pellicule ou en numérique, narratives, contemplatives, poétiques ou politiques, plans-séquences ou scènes au montage percutant, plans fixes ou en caméra portée, images floutées, ralenties ou en surimpression. On se laisse embarquer, surprendre. On reçoit certaines comme de belles évidences, on est déçu aussi parfois. On a des coups de cœur : des étudiant-e-s d’une classe d’hypokhâgne dans un gymnase lisant Proust dans un superbe noir et blanc, Une madeleine pour le FID de Véronique Aubouy ; un bateau filmé en plongée sur le Bosphore, au milieu de larges trainées d’huile, Border boat, plan efficace de Sepideh Farsi ; la traversée d’un champ de fleurs jaunes à Fukushima, tableau délicat de Suwa Nobuhiro, extrait de The phone of the wind ou encore Kvira, de jeunes sportifs filmés au ralenti sur la musique de Strauss, clin d’œil à 2001 L’Odyssée de l’espace par le Géorgien Alexandre Koberidze

Les mondes clos de Bonello

Entre la lucidité de l’intelligence et l’entêtement d’une innocence, se crée la tension d’où naîtraient poésie et beauté. C’est en ces termes que Jean-Pierre Rehm a introduit la Master class de Bertrand Bonello le 11 juillet au Mucem. Et pour poser ses réflexions et les nôtres, le cinéaste, dont le FID proposait une rétrospective, nous a offert son premier film : QUI JE SUIS. Documentaire tourné entre l’Italie et le théâtre des Amandiers, raté, bricolé selon ses dires mais porté par le texte de Pasolini lu par Laurent Sauvage. Écrit à New York en 1966 alors que Pasolini est malade, Qui je suis, entre origines et prospectives, dans une langue à couper le souffle, accompagne Bonello depuis toujours, lui redonnant quand nécessaire force et désir. Comment ce désir naît-il et comment se met-il en forme ? Bonello raconte avec des mots simples et justes la complexité du processus. Avant tout synopsis, l’idée se concentre sur une scène fondamentale, non pour son importance scénaristique mais pour sa force de déflagration imaginaire à l’instar des larmes de sperme dans L’Apollonide. Antoine Thirion, qui animait la séance, avait choisi trois extraits de films : De la guerre, Le Pornographe, et Zombi Child pour mettre en évidence les constances du héros bonellien flottant dans des « entre-deux », le goût de l’artiste pour les fantômes, l’obsession de la mort et l’écriture musicale conçue dès le scénario. « Les mondes clos aussi, comme le cerveau ou la salle de cinéma » a ajouté le réalisateur. « Des boîtes où se créent des circulations et une réorganisation du réel. »

Le palmarès 2019

36 films étaient en lice. Le Grand Prix de la Compétition Internationale est revenu à Nunca subi et Provincia du Chilien Ignacio Agüero, déjà primé en 2017 : un film qui « tricote très serré l’intime et le public ». La Compétition Française a couronné La Mer du Milieu de Jean-Marc Chapoulie, dédié à la Méditerranée et monté à partir d’images de surveillance, produit par la société marseillaise Baldanders Films. Enfin, le Prix GNCR a été décerné au tonique et féministe Delphine et Carole, insoumuses de Callisto McNulty (lire journalzibeline.fr) Chacun avait fait ses pronostics. Ils furent déçus ou validés mais l’important, c’est que le cinéma y soit demeuré gagnant.

ANNIE GAVA ET ELISE PADOVANI
Juillet 2019

Le Festival international de cinéma Marseille a eu lieu du 9 au 15 juillet. Palmarès complet sur fidmarseille.org.


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes


Théâtre du Centaure
Rue Marguerite de Provence
13009 Marseille
04 91 25 38 10
theatreducentaure.com


Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org


Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/