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Retour sur Ramallah et Tirana projetés en pré-ouverture du festival Parallèle le 24 janvier

Fictions de villes

• 24 janvier 2014 •
Retour sur Ramallah et Tirana projetés en pré-ouverture du festival Parallèle le 24 janvier - Zibeline

Le 24 janvier, en pré-ouverture à la 4e édition du festival Parallèle, la Villa Méditerranée accueillait Flavie Pinatel et Alexander Schellow pour la projection de leur court métrage respectif : Ramallah et Tirana. Ces deux films produits par Films de Force Majeure, proposent la rencontre intime avec ces deux villes peu attractives, mal connues, marquées par les violences de l’Histoire. C’est lors d’un voyage en Israël avec la réalisatrice Valérie Jouve dont elle était l’assistante que Flavie Pinatel a découvert avec stupeur la capitale palestinienne. Une capitale qui, loin du dolorisme et de la sinistrose que pourrait générer sa situation politique et économique, déborde d’énergie, de joie de vivre. Elle s’y installe trois mois pour comprendre le choc qu’a produit la ville sur elle, le prolonger, le traduire cinématographiquement, le partager. On passe des fêtes nocturnes  au camp de réfugiés d’Al Amari, surpeuplé, misérable. Du bureau de la mairesse Janette Khoury aux rues populaires et aux masques du carnaval. Des moutons bêlent sur les collines pelées, indifférents à l’urbanisation sauvage et aux buildings financés par la diaspora, dont la hauteur défie le voisin israélien. Pour saisir Ramallah, Flavie Pinatel choisit d’être saisie : juxtaposition libre des scènes, immersion sensible.
Tirana-d'Alexander-Schellow-©-Films-de-Force-MajeurePlus conceptuel, le travail d’Alexander Schellow part aussi d’un choc premier, d’une rencontre de hasard. Invité à Tirana pour une biennale, l’artiste allemand se renseigne avant de s’y rendre, surfe sur la toile. Il y trouve des blagues sur une ville qui n’existerait pas, la trace d’une guerre qui n’a existé que dans une fiction hollywoodienne. Sur place, il voit des bunkers détruits, ferraillages oxydés à nu, vestiges de la paranoïa du dictateur Enver Hoxha anticipant une guerre qui n’aura pas lieu, et des constructions bien réelles qui ne correspondent pas à la fiction administrative tentant de les répertorier. Comment appréhender la réalité de Tirana ? Par les cartes ? Par les vues aériennes ? Par les détails de sacs plastiques déchiquetés sur des terrains vagues ? Par les discours d’un architecte et d’un chef de projet dans le contexte du processus démocratique tendant à rapprocher l’Albanie de l’Europe ? Par la voix off en décalage avec l’image ? Par les dessins pointillistes du réalisateur  qui s’animent pour reconstituer le souvenir ?
À la croisée des points de vue, la Tirana de Schellow et la Ramallah de Pinatel nous échappent encore.

ELISE PADOVANI
Janvier 2014

Films de Force Majeure, Marseille
04 91 84 99 12
www.films-de-force-majeure.com 

Photos : Ramallah de Flavie Pinatel © Films de Force Majeure et Tirana d’Alexander Schellow © Films de Force Majeure


Villa Méditerranée
Esplanade du J4
13002 Marseille
04 95 09 42 52
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