Fêter l’AfriqueVu par Zibeline

 - Zibeline

Retour sur les concerts de Perrine Fifadji, Ferraj et Anass Zine pendant le festival Africa Fête.

Elle lançait à la fois le festival Africa Fête, les rendez-vous musicaux sur le toit-terrasse de la Friche Belle de Mai et, pour beaucoup, la saison marseillaise des concerts en plein air post-confinement. Perrine Fifadji aurait eu de quoi se mettre la pression. Qui plus est face à un public attablé voire allongé sur des transats. C’est au contraire une tornade de douceur et de sensibilité que la lauréate du Prix des musiques d’ICI 2019/20 a soufflé depuis les sommets de la Belle de Mai. Née au Congo, élevée au Bénin et vivant à Bordeaux, passée par un groupe de ska et formée à la danse contemporaine, Perrine Fifadji chante avec sa voix autant qu’avec son corps. D’un timbre chaud et généreux qui caresse les mots et les langues de sa triple culture, lingala, fon et français. Les trois musiciens qui l’accompagnent (violoncelle, guitare et percussions) enrobent eux aussi les rythmes et mélodies de couleurs multiples. Des ballades aux croisements du folk, du gospel et du blues à des morceaux plus joyeux qu’elle parvient à faire reprendre en chœur, Perrine Fifadji renvoie la sagesse d’une griotte. De sa présence lumineuse et enchanteresse, elle s’adresse de manière quasi-intime à l’humanité de chacune et de chacun.

Direction l’Espace Julien pour une soirée maghrébo-marseillaise, comme un dialogue triangulaire entre l’Algérie, le Maroc et la ville-monde. Dans la très diverse famille du rock oriental, Ferraj se distingue par sa démarche. Derrière le groove se chante une poésie bédouine algérienne de tradition orale depuis le XVIe siècle. Peine perdue pour les non arabophones qui doivent se contenter de danser sur des rythmes rappelant aux plus anciens l’hybridation de groupes comme l’Orchestre national de Barbès ou Gnawa Diffusion. La voix de Yassine Zamime, qui manie aussi gallal et trompette, s’immisce entre les riffs des guitares électriques, rejoints par les karkabous et bendirs.

Artiste déjà renommé au Maroc, Anass Zine s’est fait connaître à Marseille à travers Maclick d’abord et Zar Electrik aujourd’hui. Mais c’est un projet bien plus personnel que le musicien a présenté à l’issue d’une résidence, avec ses complices. Avec l’envie palpable de mettre en dialogue son double univers, la musique instrumentale et celle produite via les machines. À partir de vieux enregistrements, de samples de chants traditionnels et de musiques tribales, Anass Zine a concocté un set décapant. L’énergie du rock, l’harmonie du jazz et la puissance de l’électro, assorties aux instruments traditionnels comme le guembri, le n’goni ou le tbel donnent corps à une musique gnawa 2.0 exaltante. Entouré de musiciens dont le talent le dispute à la générosité –Cyril Benhamou (claviers, flûte), Luca Scalambrino (batterie), Marek Eichler (basse) et Nassim Slimani (le guitariste de Ferraj)-, l’enfant de Casablanca n’a pas fini de nous surprendre.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Perrine Fifadji s’est produite le 11 juin à la Friche Belle de Mai, Ferraj et Anass Zine le 17 juin, à l’Espace Julien, dans le cadre d’Africa Fête qui s’est déroulé du 11 juin au 7 juillet, dans divers lieux, à Marseille

Photo Anass Zine © Lolita