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Vu par Zibeline

Retour sur l'édition 2018 du festival Tendance Clown à Marseille

Festival Tendance Clown, sous le signe de la douce jubilation

Retour sur l'édition 2018 du festival Tendance Clown à Marseille - Zibeline

Après avoir investi sept secteurs de Marseille l’an dernier, le festival Tendance Clown a resserré sa formule pour cette 13e édition, restriction budgétaire et contraintes sécuritaires obligent : moins de programmation en espace public, mais toujours un goût pour les lieux non dédiés, doublé cette année d’une attention aux « publics qu’on dit particuliers » comme le soulignait le directeur artistique Christian Favre, avec des dates pour les détenus des Baumettes et les enfants de l’Hôpital de La Timone. Parmi les 15 compagnies accueillies par le Daki Ling, notons Typhus Bronx, l’un des noms très en vogue du clown contemporain. Formé au Théâtre École d’Aquitaine, le comédien Emmanuel Gil a assis en deux solos son personnage de clown psychotique, en camisole et bandages immaculés. Son Delirium du papillon révèle un univers singulier, puisant dans les racines du burlesque pour « porter un regard sur l’humain plus que sur le patient, et tenter de rendre compte de la manière d’être, complexe et changeante, de cette humanité à la marge ». Même sujet traité dans G.R.A.I.N. par Marie-Magdelaine, directrice artistique de la Cie Mmm : « Philippe Caubère au féminin ! », murmurait dans le public quelques spectateurs assidus du Daki Ling. Accueillie l’an dernier avec La famille vient en mangeant, puis en résidence durant l’année pour son nouveau spectacle Crises, la comédienne affectionne en effet les prestations frapadingues. Comme à son habitude, elle campe ici tous les personnages de la pièce, de son propre rôle d’artiste à la directrice d’une association pour bipolaires étouffant son stress dans des clopes successives, en passant par tous les patients -mention spéciale à Françoise la dépressive, frappante de neutralité, mais aussi aux nombreux personnages masculins, littéralement incarnés sur un simple changement de posture et d’intonation. Ce véritable marathon performatif passe en revue des sujets aussi délicats que la surmédicalisation, les lobbies pharmaceutiques, voire le suicide en institut… sur l’air de la douce rigolade.

Cet équilibre précaire, c’est bien la spécialité des disciplines circassiennes, en mots comme en actes. Adeptes d’un cirque minimaliste qui laisse parler les corps, les acrobates de La Mondiale Générale en sont eux aussi férus : leur excellent Sabordage met en place d’improbables jeux d’interdépendance à base de planches en bois, où la poésie le dispute au loufoque. Le clou du festival avait lieu samedi soir sur le toit terrasse de la Friche la Belle de Mai, nous offrant l’unes premières soirées estivales de la saison, panorama sur la ville au soleil couchant à l’appui. Après les errements métaphysiques de Pryl, clown clochard dans sa poubelle, place à la -très attendue- première de la nouvelle création du Muerto Coco. Accompagnés de l’inénarrable Marc Prépus, les trois musiciens ont trouvé la formule qui fait mouche avec la Töy Party, délire festif et contagieux sur fond de musique électro bidouillée à partir d’instruments pour enfants. Sous forme d’astucieux concert quadriphonique, le dispositif scénique n’offre d’autre choix au public, amassé en son milieu, que de se laisser gagner par la jubilation qui l’entoure, pour célébrer dans la liesse cette « fin du monde » régressive à base de Mondial 98, souvenirs d’enfance et Action Man en tutu. Le Muerto Coco participe ainsi à sa manière d’une certaine rumeur inclusive qui parcourt ces temps-ci les arts de la rue, en quête de nouveaux rituels destinés à célébrer des modalités alternatives du rassemblement.

JULIE BORDENAVE
Juin 2018

Tendance Clown s’est tenu du 11 au 27 au mai au Daki Ling, au Parc Bagatelle et à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Photo : Muerto Coco © Imed A. Nawa