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L'exceptionnel Musée National Fernand Léger, à Biot dans les Alpes-Maritimes

Fernand Léger et l’art populaire

• 14 avril 2018⇒17 septembre 2018 •
L'exceptionnel Musée National Fernand Léger, à Biot dans les Alpes-Maritimes - Zibeline

Tout dans le musée national Fernand Léger est d’exception. Niché au pied du vieux village de Biot le bâtiment lui-même est un geste architectural superbe, offrant à la vue de tous les mosaïques monumentales de l’artiste,  un parc qui a l’intimité douce d’un jardin et les points de vue d’un site… Quant aux collections rassemblant plus de 300 de ses œuvres, elles sont magnifiquement exposées, mises en perspective, médiatisées, dans des parcours chronologiques qui font varier les accrochages et n’ont pas peur d’être didactiques. Et où la lumière est dispensée idéalement dans des espaces étonnamment libres.

Il faut dire que ce sens de la générosité et du partage est un des fondements de l’histoire de ce musée : Fernand Léger a fait l’acquisition du terrain quelques mois avant sa mort et sa veuve Nadia Léger ainsi que son collaborateur George Bauquier ont fait construire le bâtiment par l’architecte André Svétchine, le parc par le paysagiste Henri Fisch. Puis dans les années 60 ils donnent l’ensemble des collections et du bâtiment à l’État. Depuis sa surface a été étendue, il a été orné de nouvelles mosaïques monumentales, de vitraux exceptionnels, et bénéficie d’une programmation riche d’expositions temporaires au premier niveau. Mais le musée n’attire pas autant de visiteurs que les musées Picasso et Chagall voisins. Fernand Léger resterait il méconnu ?

Ses préoccupations sont pourtant celles d’un précurseur. Son parcours est d’entrée singulier, depuis ses tentatives impressionnistes – qu’il a pour la plupart détruites – et cubistes qui l’amènent à un traitement très particulier de l’objet après le traumatisme de 14-18 : cinétique, d’un futurisme surréaliste, comme affranchi de la pesanteur, mais aussi de la figure humaine. Et c’est au milieu des années 30, à l’approche du Front Populaire, qu’il revient à la figure humaine, qui est pour lui toujours celle du peuple, des Cyclistes, du Cirque, des Plongeurs, des Constructeurs. En exil aux États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, il y découvre une certaine liberté des corps, invente le principe de la « couleur en dehors », change sa palette, puis de retour en France il adhère au Parti Communiste et prône un art monumental dans l’espace public, et questionne la lisibilité des références et des sujets qui doivent selon lui s’inscrire dans une mémoire commune et parler de notre temps, des loisirs, du sport, du camping.

C’est ce parcours singulier et généreux que l’on peut découvrir à Biot, et que le musée met également en perspective, en Vis-à-vis, avec les œuvres de ses contemporains, dans une exposition temporaire qui regroupe un nombre impressionnant de chefs d’œuvres (Calder, Kandinsky, Bacon, Matisse) prêtés par les plus grands musées du monde.

AGNES FRESCHEL
Avril 2018

Musée National Fernand Léger, Biot (06)
Parcours permanent
Vis-à-vis, Fernand Léger et ses ami-e-s
14 avril au 17 septembre
04 92 91 50 20
musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/fleger

Photo : Musée national Fernand Léger 06410 Biot © photo François Fernandez-2014