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Vu par Zibeline

Trois films parmi la trentaine réalisés par des femmes au FID Marseille

Femmes debout

• 9 juillet 2019⇒16 juillet 2019 •
Trois films parmi la trentaine réalisés par des femmes au  FID Marseille - Zibeline

Qu’elles viennent du Brésil, d’Autriche, de France, des femmes résistent, filment celles qui, debout, font, ont fait et peut-être feront changer les choses.

Elle attend, pensive, devant une grille. Un rap féministe appelle à se politiser, s’organiser. Une moto chevauchée par une femme roule dans la nuit, arrêtée par un policier tout de blanc vêtu. Deux amies se retrouvent devant un mur taggué tandis que des hauts parleurs diffusent slogans, consignes,  interdictions, encadrant et restreignant des libertés. C’est ainsi que commence le film d Elena Meirelles et Lívia de Paiva, Tremor Iê, présenté en Compétition Internationale. Nous allons y suivre le trajet d’un groupe de femmes, partager leur résistance et surtout écouter les histoires, les vies qu’elles ont à nous conter. Longs monologues, visages éclairés par un feu qui crépite, corps qui émergent d’un labyrinthe blanc. On est à  Fortaleza, ville du Nordeste brésilien dans un futur, proche d’un passé récent, campé sans effets spéciaux, rythmé tout au long du film par des raps et des performances efficaces

Le scenario de ce film à petit budget a été écrit à plusieurs mains, inspiré des histoires individuelles ou collectives que chacune des femmes a recueillies, en particulier  les violences policières de  2013 et 2016 qui ne sont pas montrées mais évoquées. La mise en scène a été discutée et travaillée collectivement  avec les actrices, Lila Msalu, Micene Telema, Marilia Queiroz.  Un film politique, plein d’énergie  qu’elles ont dédié à Luana Barbosa, lesbienne, noire et pauvre, assassinée par la police le 8 avril 2016, ainsi qu’à Marylucia Mesquita Palmeira et Marielle Franco, militante des droits humains et LGBT,  tuée elle aussi par deux policiers le 14 mars 2018. (Compétition Internationale/Compétition Premier Film /Prix Centre National des Arts Plastiques et Lycéens)

De la force et de l’énergie, c’est ce que veut transmettre l’Autrichienne Wilbirg Brainin-Donnenberg à sa fille dans sa lettre filmée, Brief an eine Tochter. Une lettre filmée qui s’adresse aussi à toutes les femmes, les invitant à sortir du silence et à ne plus  accepter la domination et la violence  masculine. La réalisatrice est en vacances en Croatie et sa fille est au Costa Rica. « D’un paradis à l’autre ». Les images tournées en Italie en Super-8, aux couleurs douces et au grain rugueux, encadrées par quelques photos, rappellent les films de famille et contribuent à donner à cette lettre d’amour d’une mère à sa fille une portée universelle. (Histoire(s) de portrait)

Découverte pour les jeunes générations, madeleine pour les sexagénaires, le film de Callisto Mc Nuty, Delphine et Carole Insoumuses, à travers archives iconiques, témoignages et extraits de films, fait revivre les combats féministes des années 70 et l’amitié solaire, espiègle, créative, entre la comédienne Delphine Seyrig et la vidéaste Carole Roussopoulos qui avait initié ce film pour rendre hommage à son amie disparue. Les deux femmes se rencontrent par un hasard bienveillant à l’occasion d’un stage vidéo. Car Delphine si souvent exposée devant la caméra des hommes veut maîtriser cette technique nouvelle, porter son regard de femme sur le monde et le partager. Elle, qu’on voit chez Demy, de mousseline violette vêtue, en fée-marraine, essayer de contrer le pouvoir abusif du père de Peau d’âne. Elle qui travaille avec Duras, Akerman, dénonçant haut et fort, de sa voix de violoncelle, les injustices faites aux femmes, quitte à s’attirer l’inimitié de producteurs phallocrates. Carole, des étoiles dans les yeux, la raconte, raconte leur complicité, leur participation, vidéo au poing, à toutes les luttes de l’époque: droit à l’avortement, à la jouissance, à l’égalité, contre un machisme qui s’étale, décomplexé, sur les plateaux télé. Fi de l’image de féministes rébarbatives et austères, les frangines sont belles, rieuses, fêtardes, inventives dans leurs slogans comme dans leurs actions. Les bandes vidéos s’effacent mais les « héritières » reprennent le flambeau. Loin d’un militantisme d’embrigadement, c’est un engagement de vie, une façon d’être au monde qui nous sont transmis. La jeune réalisatrice, petite fille de Carole Roussopoulos,  si elle n’a pas connu cette période « enchantée » montre comment on peut être muses et insoumises, Insoumuses ! (Compétition Groupe National des Cinémas de Recherche)

Ces trois films font partie de la trentaine de films réalisés par des femmes présentés à la trentième édition du FID Marseille qui se tient du 9 au 15 juillet 2019.

Annie GAVA et Elise PADOVANI

Juillet 2019

Delphine et Carole Insoumuses © Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, Les Films de la Butte


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