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Art émergent au Mo.Co. La Panacée de Montpellier

Femme au pluriel

• 5 octobre 2019⇒5 janvier 2020 •
Art émergent au Mo.Co. La Panacée de Montpellier - Zibeline

Le Mo.Co. La Panacée revient, après les deux expositions transitoires précédent l’ouverture de l’Hôtel des collections, à sa mission de vitrine de l’art émergent, celui qui « invente des formes, tout simplement » (Nicolas Bourriaud, directeur). Et le voyage est consistant. Puissance du discours, déconstruction des matières, incursion dans des mondes inconnus et retrouvés : nous sommes bien là au cœur de questionnements qui interpellent et nourrissent notre quotidien. Réunir ainsi la sculptrice Caroline Achaintre, dont c’est ici l’une des premières monographie en France, la plasticienne Estrid Lutz et la peintre Ambera Wellmann, qui présentent leur première exposition dans une institution publique, relève d’un choix presque provocateur (ou au contraire consensuel, à chacun d’en juger), dans ces temps où le monopole masculin ignore encore superbement une quelconque parité. Bref, et bien au-delà de ces considérations, ces trois démarches sont à découvrir pour leur originalité et leur force. Les toiles de Wellmann sont captivantes : collages, renversement des corps et des genres, découpages, fusions, pulsions, nudité flagrante et pourtant brouillée, Bacon n’est pas loin, Picasso pointe ici et là sa figure tutélaire, Goya veille… Et justement l’artiste, qui s’en revendique, affirme là son indépendance face aux maitres de l’histoire de l’art en produisant une œuvre « féministe et queer ». Estrid Lutz a créé, lors d’une résidence de deux mois à Montpellier, une installation immersive, qui plonge littéralement le public dans un océan suspendu (des pièces en Kevlar, polycarbonate, pigments colorés) et sonore (Erwan Sene) : des morceaux d’un monde composite, invitant à une expérience quasi in utero. Les masques tissés géants de Caroline Achaintre parlent, crient, se moquent, consolent, sans un mot ni bruit, tout dans les creux et les pleins de ces masses laineuses à la troublante expression ; et les mouvements figés de ses céramiques, habitées encore des pulsations de ses créatures douces et inquiétantes, n’ont pas fini de nous habiter.

ANNA ZISMAN
Octobre 2019

jusqu’au 5 janvier
Mo.Co. La Panacée, Montpellier
moco.art

Photo : Ambera Wellmann, Yurning, 2019 – 152 x 140 cm, Photo: Gunter Lepkowski
Courtesy : Ambera Wellmann ; Kraupa-Tuskany Zeidler, Berlin