Bruno Merle présente son deuxième long métrage : Felicità

FelicitàVu par Zibeline

• 15 juillet 2020⇒29 juillet 2020 •
Bruno Merle présente son deuxième long métrage : Felicità - Zibeline

Les gens normaux ne squattent pas les maisons de leurs patrons. Ils ne font pas de faux aveux d’ « enfant trouvée » à leur fillette. Ne se tatouent pas sa courbe de croissance sur le bras. Ne volent pas une Mantula V8 sous prétexte qu’ils en ont besoin. Ne cassent pas le nez au patron de leur femme sans raison. Ne font pas du Go fast en famille, ne s’évadent pas de taule. Mais les gens normaux comme les amours heureuses n’ont pas d’histoires. Et des histoires, ils en ont plein la tête les protagonistes du deuxième long métrage de Bruno Merle.  

Fin d’été en Bretagne. Massifs d’hortensias. Maison de granit. Criques propices aux baignades. Un air de vacances. Tim (Pio Marmai) Chloé (Camille Rutherford) et Tommy (Rita Merle) qui va entrer en sixième, vivent au jour le jour, suivant l’adage de Lou Andreas-Salomé mis en exergue au générique : « Si tu veux avoir une vie, vole-la. »

Qu’ils se la jouent Famille Ricoré au second degré ou héros de polars, Tim et Chloé , amoureux, aimants, complices, brouillent la donne comme ce film dont ils sont les protagonistes et qui égrène comme un Petit Poucet qui ne voudrait pas retrouver son chemin, les fausses pistes.

Tommy lorgne tout de même vers la normalité incarnée par l’Ecole qui l’attend, et au fronton de laquelle s’affiche la trinité républicaine Liberté Egalité Fraternité. Coiffée d’un casque anti bruit elle coupe (et nous coupe) le son. On la voit voir ses parents et ne pas toujours adhérer à leurs délires. Mais elle a bien compris le message de Freaks, le film de Todd Browning que lui fait découvrir son père : les « monstres », ce sont souvent les gens dits normaux.

Chronique enlevée d’une dérobade, Felicità se ponctue de chansons : celle qui donne son titre au film, roucoulade italienne en duo résolument optimiste (Al Bano et Romina Power). Le « tube » de Vivaldi : un Eté en presto. En passant entre autre, par le rock de Poi Hoax.

Le film de Bruno Merle n’est pas sans rappeler Liberté de Pierre Salvadori, non seulement parce que les deux films se partagent Pior Marmai, mais surtout parce que la fable s’y mêle à la réalité avec grand naturel. Autre point commun : l’importance du choix, devenant un enjeu pour les héros et le scénariste.

« On a toujours le choix » dit Tim à Tommy. « Il faut faire le bon. » Ses « choix » à lui paraissent motivés par l’impulsion plus que par la réflexion. Aussi est-il difficile d’adhérer au happy end de cette comédie dont le propos se fait redondant et dont le charme certain, s’essouffle un peu, malgré le talent des acteurs.

ELISE PADOVANI
Juillet 2020

En salles le 15 Juillet

Photo / Copyright Unité – Jack n’a qu’un œil