Fathallah TV, un film proposé en ligne par Africapt

Fathallah TV, 10 ans et une révolution plus tardVu par Zibeline

• 22 janvier 2021⇒28 janvier 2021 •
Fathallah TV, un film proposé en ligne par Africapt - Zibeline

Ce devait être un film tourné en 3 mois. Un projet né dans la tête de Wided Zoghlami, jeune cinéaste belgo-italo-tunisienne, durant un festival de musique sur une plage tunisienne. Confortée par sa rencontre avec de jeunes artistes à la lucidité aiguisée en diamant et à l’énergie ardente. Ils s’appellent Tiga, Paza, Halim… On est en 2007 sous Ben Ali. Leur rap dénonce le chômage, la corruption, la censure, les inégalités sociales. Ces jeunes Tunisiens slament leurs rêves de liberté et bercent l’espoir de faire changer les mentalités par l’art. La réalisatrice se laisse entraîner dans leur quartier ghetto et ne les lâchera plus. L’aventure durera jusqu’en 2017, 10 ans et une révolution de jasmin plus tard. Repris en 2017, son documentaire, Fathallah TV, du nom du quartier « chaud » dont sont originaires les musiciens du groupe, nous embarque dans ce voyage au long cours. On découvre un quartier-dédale que la caméra se refuse à photographier comme « pittoresque », où les rues n’ont pas de noms, où les places sont celles des chômeurs, où on se réunit dans des terrains vagues et où il n’y a pas de femmes. On sent la pulsation et la puissance de cette jeunesse frustrée. La cinéaste s’attarde parfois sur un visage grave en plan fixe. On suit, à travers les témoignages et les chansons, un itinéraire qui passe, entre Tunis et l’Europe, par les cases mariage et séparation (pour la réalisatrice et Halim, leader du Gultrah Sound system), par la prison aussi. Une décennie décisive pour l’Histoire de la Tunisie, comme pour la vie et le parcours artistique des protagonistes dont la réalisatrice est partie prenante, un parcours « chaotique » précise Halim.

Le bilan de cette décennie est-il « globalement positif » ? Beaucoup aspirent toujours à l’immigration vers l’Europe quels que soient les risques encourus, on ne va plus en prison si on « ouvre sa gueule » mais on ne vous écoute pas, on libéralise la législation sur le cannabis mais on condamne toujours les petits plutôt que les Puissants, la fracture sociale ne se réduit pas, on continue à « se débrouiller » pour vivre. On a tué le Père, et après ? Même s’ils croient toujours que l’Art peut faire bouger les lignes, que laisser repeindre les murs des venelles de leur quartier par de jeunes créateurs est un acte politique important, même si leur passion pour la musique n’est en rien entamée, Halim, Paza, Tiga  et les autres ont « vieilli » . Ils savent bien que tout reste à construire. Un nouveau défi pour une nouvelle décennie.

ÉLISE PADOVANI
Janvier 2021

Photo -c- Hakka Distribution

La 18ème édition du Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt se tient du 22 au 28 janvier 2021 : https://www.africapt-festival.fr/

Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
19 Place Ripert de Monclar – 84400 Apt