Bouleversant Ernest Pignon-Ernest à Avignon : Extases - les mystiques, jusqu’au 20 septembre

Fascinantes mystiquesVu par Zibeline

• 3 juillet 2020⇒20 septembre 2020 •
Bouleversant Ernest Pignon-Ernest à Avignon : Extases - les mystiques, jusqu’au 20 septembre - Zibeline

Ernest Pignon-Ernest revient à Avignon, où il remonte Extases à l’Église des Célestins. Bouleversant.

À genoux, penchée au-dessus de l’eau, elle est la première à apparaître. Avec une expression d’une infinie richesse, qui décline, à travers son doux sourire, ses yeux clos, son cou nu et tendu, ses mains repliées dans un geste de protection, une palette d’émotions qui subjugue. C’est Louise du Néant, qualifiée de démente en 1677 tant ses expériences mystiques étaient exacerbées. Et voici Thérèse d’Avila, sortie elle aussi de la pénombre, doucement léchée par l’éclairage qui la découvre. Assise, buste dénudé, tête abandonnée en arrière, bras épuisés. Une à une, comme sorties du bain révélateur d’un tirage argentique, huit mystiques (de l’inspiratrice Marie-Madeleine à Madame Guyon disparue en 1717 à Blois) composent l’ensemble de l’installation qu’Ernest Pignon-Ernest a choisi de remonter dans le chœur de l’église des Célestins à Avignon. Après l’immense succès de la rétrospective présentée en 2019 au Palais des Papes, l’artiste plasticien offre un prolongement à la découverte de son œuvre. Créée en 2008 à la chapelle Saint-Charles, Extases a depuis investi de nombreux lieux, et la proposition déclenche toujours autant le saisissement.

Transports amoureux

Athée, Pignon-Ernest parvient magistralement à convoquer la déferlante mystique qui traversa ces femmes folles amoureuses du Christ, dévouées corps et âme, chair et pensées, au désir de s’unir au sauveur des hommes. S’appuyant sur leurs écrits, troublants de sensualité explicite, il développe ici ce qui l’habite depuis toujours, cette tension entre profane et sacré, qu’il incarne dans les corps de ses sujets souffrants. « La douleur était si vive que je gémissais, et si excessive la suavité de cette douleur, qu’on ne peut désirer qu’elle cesse », confie Thérèse d’Avila dans son fameux ouvrage, Le Livre de la vie (1566). Apparitions, voix, extases, dévouement, mortification : comment représenter cette violente contradiction qui déchirait le corps des mystiques ? C’est une solution plastique qui est advenue au dessinateur : le trait au fusain qu’on lui connaît, tellement précis et pourtant si lyrique, est traversé par un mystérieux mouvement immobile, comme entravé mais très puissant, grâce au support choisi pour ses huit silhouettes féminines. Chacune est imprimée sur une base de dibond, figée dans une torsion, figurant la feuille qui ploie, parfois se déchire. Le dessin prend du volume, la chair crie en silence. Les mystiques se découvrent et se dissimulent les unes les autres, dans une courbe qui épouse la forme du chœur des Célestins. Les projecteurs rythment les présences, magnifient les absences. Silence dans l’église. Pas besoin de musique pour accompagner cette décharge de transports. C’est un reflet qui sous-tend l’ensemble de l’expérience : un plan d’eau immobile et noire fait se dédoubler les images et les sensations. Alors tout s’interpénètre, dans une symphonie qui ferait monter les larmes aux yeux au plus endurci des mécréants.

ANNA ZISMAN
Juillet 2020

Extases – les mystiques
Jusqu’au 20 septembre (réservation obligatoire)
Église des Célestins, Avignon
06 66 20 54 60 avignon.fr

Illustrations : Ernest Pignon-Ernest, Extases – les mystiques 2020 – Église des Célestins à Avignon ©Ernest Pignon-Ernest © Gregory Quittard / Ville d’Avignon