Marc Rosmini défend les zombies lors de la Semaine de la Pop Philosophie

Fantômes, médecins et morts vivantsVu par Zibeline

• 24 avril 2021⇒1 mai 2021 •
Marc Rosmini défend les zombies lors de la Semaine de la Pop Philosophie - Zibeline

La « douzième édition bis » de la Semaine de la Pop Philosophie a fini par avoir lieu, malgré les cahots de la pandémie, mais dans une formule malheureusement réservée aux professionnels. Fidèle à son habitude, le directeur artistique de la manifestation, Jacques Serano, conviait tout un panel d’intellectuels à plancher sur un thème central et à partager le fruit de ces réflexions dans divers lieux marseillais, des ateliers Jeanne Barret au Muséum d’histoire naturelle.

Cette année, c’est la figure du zombie qui servait de fil rouge, un sujet particulièrement pertinent en temps de Covid, quand la question de la vie et de la mort est si prégnante. Le 27 avril, dans le jardin de la Galerie des grands bains douches, le philosophe Marc Rosmini est intervenu en l’abordant par le biais de la bioéthique. Féru des films de George Romero, il s’est particulièrement appuyé sur Le jour des morts-vivants (1985) pour démontrer à quel point le zombie nous met face à de complexes dilemmes moraux.

Bref rappel du scenario : à la suite d’une invasion planétaire de cadavres ambulants, un groupe de survivants se réfugie dans une base militaire. Un scientifique, le Dr Logan, y réalise des expériences sur les zombies. L’occasion pour Marc Rosmini de relever qu’aujourd’hui les questions de bioéthique se posent avec acuité à propos du corps « augmenté » des soldats contemporains (bardé d’implants, de prothèses, plus résistant au sommeil…). Ils sont encore des « sujets » au sens philosophique, capables d’une réflexivité sur leur propre condition, mais avec quelle liberté de choix face aux pressions hiérarchiques, quelle capacité à revenir à la vie civile comme tout un chacun ?

L’articulation corps / esprit est au cœur de la réflexion du philosophe : reflet inverse du fantôme, le mort-vivant n’a plus d’âme mais il se meut, et « incarne l’angoisse d’être déchu du statut d’être humain ». Il a été une personne, a-t-il encore des droits ? Que vaut son existence ? En tant que non-contaminé, pouvons-nous en juger ? L’ombre du nazisme, et particulièrement du Dr Josef Mengele plane derrière Logan… Les soldats, quant à eux, visent à exclure les zombies de l’humanité pour pouvoir les exterminer sans remords, par jeu, parfois ; mais lui, tenaillé par la libido sciendi, tente d’en « dresser » un à qui il a, significativement, donné un nom. Marc Rosmini le compare à l’enfant sauvage, Victor de l’Aveyron, confié à un autre médecin, Jean Itard, à l’aube du XIXe siècle. « Pas plus consentant que les autres… La dignité, nous dit le philosophe, n’est pas facile à faire entrer dans le droit. On peut en partir et aboutir aussi bien à des positions favorables que défavorables à l’euthanasie. » Et de conclure sur une citation de George Romero : « dans mes films, les plus sympathiques sont les zombies ».

GAËLLE CLOAREC
Avril 2021

La Semaine de la Pop Philosophie se tient du 24 avril au 1er mai à Marseille.

Barbata Zombica, adaptation filmée de la manifestation, est en cours de tournage. Lire l’interview du réalisateur Abdel Aouacheri, rencontré à l’issue de la conférence de Marc Rosmini.

Photo : Marc Rosmini -c- G.C.