Vu par ZibelineProjection de Stone river de Giovanni Don Francesco aux Rencontres Cinéma de Manosque

Fantômes de pierre

• 7 février 2015 •
Projection de Stone river de Giovanni Don Francesco aux Rencontres Cinéma de Manosque  - Zibeline

Le visage d’une femme, Lena, dont une voix conte ce moment, essentiel, où elle a annoncé à son père son mariage avec Edo et son départ de Carrare pour Barre dans le Vermont. Un travelling avant dans un long tunnel qui débouche dans un cimetière enneigé. Un homme de dos, Giulano, la « mémoire historique du lieu », qui nous guide à travers les tombes d’Italiens, certaines ornées de sculptures et qu’on entend évoquer les « pionniers qui ont fait Barre ». On est déjà dans l’entre deux, entre le passé et le présent, entre les vivants et les morts, entre les habitants de Barre aujourd’hui et les fantômes de leurs ancêtres. Dans un monde où images et sons, en écho ou en contrepoint, parlent du travail du granite, de la vie dans cette cité, du début du vingtième siècle jusqu’aujourd’hui. Les habitants, des Américains, sont encore carriers, cordonniers, cuisiniers, agriculteurs, infirmières… On les voit dans leur quotidien. Giovanni Don Francesco filme en gros plans leurs visages, leurs gestes, pendant qu’on les entend, le plus souvent en voix off, lire ce que racontaient ces carriers des années 30, dont peu dépassaient quarante ans, détruits par la silicose : leurs conditions de travail, leurs sorties entre copains, leurs conflits, la grève de 1921 qui a laissé de traces, les briseurs de grève, les « Français » (en fait des Québecquois)

Giovanni Don Francesco qui a travaillé durant cinq ans sur Stone river a bâti son documentaire, passionnant, sur ces entretiens réalisés dans les années 30, dans le cadre d’un programme développé par le gouvernement Roosevelt qui a envoyé dans toute l’Amérique écrivains, photographes pour témoigner sur comment les gens vivaient pendant la grande dépression. Il a eu l’idée judicieuse de faire lire ces textes par les habitants d’aujourd’hui, en écho avec leur propre vie, et ce dispositif permet d’être dans l’entre deux du temps retrouvé, de s’interroger sur son propre trajet et de prendre conscience aussi qu’on a été, qu’on est ou qu’on sera un étrange étranger.

Heureuse initiative des Rencontres cinéma de Manosque de l’avoir programmé et d’avoir permis au réalisateur de parler aux nombreux spectateurs de ce documentaire qui fait traverser les strates du temps.

ANNIE GAVA
Février 2015

Photo : Stone river – Altara Films

 

 

 

 

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