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La Roque entre l’Apprenti Sorcier et l’Arlésienne

Fantasque Fantasia

La Roque entre l’Apprenti Sorcier et l’Arlésienne - Zibeline

Si l’on pense à L’apprenti sorcier de Dukas, viendront probablement davantage les images du film d’animation de Walt Disney, Fantasia, que des réminiscences de concert. Avec celui donné au parc de Florans lors du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron, on change radicalement de souvenirs ! Mené avec intelligence par son chef, Lawrence Foster, l’Orchestre Philharmonique de Marseille offrait une version où chaque instrument, chaque pupitre était entendu, accordant à la partition une palette colorée inattendue. Pas d’effet de lourdeur, ou de masse dont on ne retient que le thème, mais une richesse pailletée, un art malicieux du suspens, où les instruments eux-mêmes deviennent tableau mouvant, rythme des archets dressés, comme une forêt de lignes bruissantes, inexorable montée tragique qui s’éclipse en spirituelle pirouette… Le Concerto de Camille Saint-Saëns  pour piano et orchestre n°5 en fa majeur opus 103, dit « l’Égyptien » (parce que le compositeur résidait à Louxor au moment de sa conception) poursuit l’approche de la musique descriptive de la soirée. La virtuosité du pianiste Michel Dalberto, apporte sa clarté, son jeu articulé jusque dans les trilles les plus vifs, arpente les registres avec une intelligente justesse, depuis les impressionnantes montées et descentes du clavier (Allegro Animato), ses cadences, à l’évocation du chant d’un batelier du Nil, avant de nous conduire en Extrême-Orient, en Asie, puis retourner aux bords du Nil où frémissent les insectes du soir (Andante)… Le Finale invite au départ, avec le grondement des hélices des navires, et un mouvement vertigineux qui se conclut par une fanfare étourdissante. En rappel, ce fin pianiste présentait la somptueuse paraphrase de concert sur Rigoletto (d’après l’opéra de Verdi) de Liszt, impressionnante de vélocité.  Après l’entracte, ce fut la musique de ballet en un acte de Manuel de Falla, Le Tricorne (1917) qui sera créé par les Ballets russes de Serge Diaghilev au Théâtre de l’Alhambra à  Londres en 1919. Une Espagne fantasmée s’offre à nous : délicatesse de l’Après-midi, danses espagnoles qui rivalisent de légèreté et d’allant, tandis que la voix de la mezzo-soprano Marina Rodriguez-Cusi s’emparant de lignes mélodiques populaires ouvre d’autres imaginaires. Les vents dessinent le thème principal, repris par l’ensemble de l’orchestre, sous une direction dansante et enjouée. La sublime Sicilienne du Pelleas et Mélisande de Fauré sera offerte en bis, « pour calmer les choses un peu » déclare en souriant Lawrence Foster (« not nervous ? »), avant de terminer le concert par un clin d’œil à la triomphale tournée à l’étranger de l’Orchestre et une pièce partout plébiscitée, La Farandole de L’Arlésienne de Bizet accompagnée de son tambourinaïre, tandis que les cors s’en donnent à cœur joie ! Le jeu avec les clichés, les thèmes populaires, remodelés par la musique dite savante, atteint son apogée, servi par des musiciens complices et espiègles.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Concert donné au Parc de Florans, La Roque d’Anthéron le 21 juillet

Photographie : Michel Dalberto © Christophe Gremiot