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Vu par Zibeline

Un ange brûle de Tawni O'Dell: un regard aigu et tendre sur une Amérique à "la beauté saccagée"

Familles toxiques

Un ange brûle de Tawni O'Dell: un regard aigu et tendre sur une Amérique à

Le corps de la jeune Camio Truly est retrouvé presque totalement carbonisé ; il a été jeté dans une des nombreuses failles incandescentes de Campbell’s Run, restes bouillonnants du feu de mine qui a détruit la ville des années auparavant. Comme si l’assassin voulait éliminer toute trace de son forfait. Les soupçons  s’orientent rapidement sur le petit ami de la victime. Mais rien n’est jamais aussi simple…

Un ange brûle pourrait être un thriller de plus, un « page turner » vite lu, vite oublié. Il n’en est rien. Depuis son premier roman, Le temps de la colère, la romancière américaine Tawni O’Dell s’inspire de sa région natale,  la Pennsylvanie occidentale ; une région minière massacrée par la crise. Pauvreté, chômage, familles à la dérive, un climat  mortifère qu’on retrouve dans ce cinquième ouvrage. Une vision hyper réaliste de l’Amérique profonde, bien loin des sunlights d’Hollywood ou de Broadway.  Inculture, vieilles rancunes familiales, violences en tous genres… Difficile de s’en sortir dans une telle atmosphère, même lorsqu’on est une élève brillante comme  l’était Camio…ou une femme de tête comme l’est Dove Carnahan. Car ce qui fait aussi l’intérêt de ce roman, c’est le personnage de la narratrice. Un prénom de savon, et un  sacré tempérament. Le chef de la police de Campbell’s Run  n’est pas femme à se laisser abattre. Mais cette affaire la replonge dans sa propre histoire, ravivant les blessures anciennes et  le souvenir de l’assassinat de sa mère, perpétré alors que sa sœur, son frère et elle (l’aînée) étaient encore des enfants.  Avec Dove, on s’enfonce dans le magma des secrets de famille, des négligences coupables. Tawni O’Dell tricote habilement les deux fils, dans un style net, non dénué d’humour, malgré la noirceur du propos. Une grand-mère terrible (chef de clan incontesté), un neveu qui débarque de nulle part, un adolescent quasi mutique qui passe sa vie perché, une sœur qui s’entend mieux avec les chiens qu’avec les humains, tels sont quelques uns des spécimens qu’on croise au fil des pages ; une galerie de portraits un peu cabossés, pas toujours  présentables mais si attachants, à l’image de cette Amérique à « la beauté saccagée » sur laquelle l’écrivaine porte un regard sans indulgence et plein de tendresse.

FRED ROBERT
Mai 2017

Un ange brûleTawni O’Dell, traduit de l’américain par Bernard Cohen
Éditions Belfond  21 euros.