Isla Negra le dernier roman de Jean-Paul Delfino aux éditions Héloïse d’Ormesson

Falaises de sablesLu par Zibeline

Isla Negra le dernier roman de Jean-Paul Delfino aux éditions Héloïse d’Ormesson - Zibeline

Il leur fait peur aux huissiers qui viennent lui apporter une énième lettre d’expulsion, le « Vieux » qui habite l’Isla Negra, ce nid d’aigle situé face à la mer qui doit son nom à la dernière maison de Pablo Neruda. Derrière le nom il y a bien sûr une histoire…

Le dernier roman de Jean-Paul Delfino, Isla Negra, est tissé de récits qui s’entremêlent, s’éclairent les uns les autres en un style aisé, fluide, souvent espiègle, suivant la rigoureuse construction d’un polar sans meurtre, quoi que, la destruction de l’environnement à des fins égoïstes peut apparaître comme telle ! Tout est métaphore, analogie et parabole dans ce texte savoureux où les mots se dégustent avec gourmandise. Le ton de la fable est d’emblée au cœur de la narration : les huissiers se nomment Whales & Whales et face à eux le « Vieux » Jonas Jonas (n’ayons pas peur du redoublement, le miroir est constitutif de l’apologue) est bien décidé à ne pas se laisser avaler par les baleines, tandis que le marchand de biens, Dutilleux (rien à voir avec le compositeur), marié à une jeune Mérope (serait-ce l’une des sept Pléiades, la seule à épouser un mortel, Sisyphe ?) a comme idée fixe, à l’instar d’un capitaine Achab, celle de détruire la maison de la falaise pour y investir dans un complexe aux retombées financières juteuses, et que la vieille Gaïa, (est-ce que cela s’invente ?), telle une Terre originelle, connaît tous les secrets de tous. Les fantômes littéraires hantent l’ouvrage, un clin d’œil à Cent ans de solitude de Marquez, la musique brésilienne, l’appel de la mer chérie par les hommes libres (sic), le tout sous l’égide du portrait de Frida Kahlo dont le regard veille. En filigrane sont évoqués le consumérisme forcené, la vision d’un univers qui doit se plier aux caprices les plus farfelus des hommes, quitte à le détruire totalement. Le principe de l’hybris, la démesure des grandes tragédies antique, reprend ici sa place. La destinée aveugle qui vend une longue vue marine à Jonas est un symbole fort de cette condition humaine qui ne sait où elle puise ses sources et quête l’invisible. Ne trahissons pas l’espérance dynamique de la fin qui est en fait un superbe commencement.

MARYVONNE COLOMBANI
mars 2022

Isla Negra, Jean-Paul Delfino, éditions Héloïse d’Ormesson, 18€ (parution le 17 mars)