La compagnie Baro d’Evel a présenté son subjuguant Falaise à Montpellier

Falaise : Baro d’Evel au sommetVu par Zibeline

La compagnie Baro d’Evel a présenté son subjuguant Falaise à Montpellier - Zibeline

À son pas qui descend, fébrile, les marches des travées du Théâtre Jean-Claude Carrière, on se prend à imaginer que c’est un cheval qui va surgir d’entre les spectateurs. Et puis non, c’est une petite femme tout en noir, qui rejoint la scène barrée d’un immense rideau, noir. Corne de brume au loin. Le décor apparaît, très imposant, hauts blocs sombres dans une lumière blafarde. C’est le monde créé par Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias (scénographie Lluc Castells), minéral, dangereux, mystérieux. Mais déjà, la paroi, tout là-haut, se craquelle, la vie s’impose, une mariée longiligne casse la roche et éclaire la falaise du blanc de sa robe. « Attention ! », crie un autre sur le plateau. Le subjuguant Falaise, dernier spectacle de la compagnie Baro d’Evel, incarne cette dualité permanente : le danger, la douceur ; le vide, la vie ; l’angoisse, le rire ; le noir, le blanc… Une échelle interminable vient cueillir la mariée, entame un ballet d’un mur à l’autre, jamais ne se pose, son amoureux court en bas, un bouquet timidement brandit vers sa promise qui enfin quitte les barreaux mais est condamnée à arpenter, superbement désarticulée, tragique, le sommet des murs. Des murs qui, du haut en bas, tout au long du spectacle, seront traversés, transgressés, transfusés par les huit interprètes : ils entrent et sortent, ils déboulent, ils disparaissent, ils percent des brèches, ils tombent, ils escaladent cette entité dont ils ont peut-être oublié qu’elle constitue leur seul horizon, ils tombent encore. Des pigeons traversent la scène, bouffées de liberté à la présence charismatique. Un cheval à la robe insolemment blanche ignore les tourments des huit humains qui s’agitent, ploient en tas, rampent, sortis encore d’un nouveau trou. « Faut que tu tentes des trucs. C’est pas toujours tout noir ou tout blanc », lui explique Camille Decourtye dans un dialogue magnifique avec l’animal. « On va tomber pendant combien de temps ? », lui demande-t-elle, cachant son angoisse pour ne pas lui faire porter tout le poids du tourment des hommes. C’est peut-être (bientôt) la fin du monde, mais la sève coule toujours entre ces êtres furieusement vivants. Alors même si la peur est là, on danse (moments d’anthologie, tandis que le couple de mariés se désagrège littéralement sous les costumes de plâtre qui se fissurent, May B et Maguy Marin comme possibles viatiques), on chante (en rock ou en baroque), on peint avec tellement de fougue que le blanc recouvre le noir, et la troupe s’accorde même un moment de paradis ; « On n’est pas bien là ? ».

ANNA ZISMAN
Janvier 2020

Falaise, accueilli en collaboration avec la Saison Montpellier Danse, a été joué au Théâtre Jean-Claude Carrière au Domaine d’O, Montpellier, les 15 & 16 janvier

Photo : © François Passerini

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
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