L'école de cinéma Kourtrajmé Marseille a un an : bilan et perspectives

Fais ce que voudras, fais ce que pourras

L'école de cinéma Kourtrajmé Marseille a un an : bilan et perspectives - Zibeline

La première promotion marseillaise de l’école de cinéma Kourtrajmé s’est installée depuis mars au 3ème étage de Buropolis. En espérant la pérennisation.

Nous avons rencontré Mouezi Fatoumiya, la trentaine, responsable de la communication et des commandes de production. Elle nous a rappelé l’histoire de ce projet conçu par Marie Antonelle Joubert et Ladj Li, devenu, après Montfermeil en région parisienne, réalité depuis mai 2020. Une école gratuite, accessible sans condition de diplôme ni d’âge qu’ont intégrée une trentaine de jeunes de 17 à 34 ans, d’horizons différents, venus du vivier de la Fondation d’Auteuil. « Pas d’appel à candidature pour cette année test. Pas de faux espoirs. Mais on a été soutenu très vite par le secteur audiovisuel et dès l’été, des productions ont accueilli des stagiaires. » Car à Kourtrajmé on apprend par le geste. Après la rentrée avec les étudiants de Kourtrajmé à Montfermeil, les Marseillais ont pu commencer à découvrir les métiers de technicien du cinéma grâce aux stages, aux master classes bi hebdomadaires, aux projets d’école sans oublier les commandes pour des entreprises. Car il faut bien trouver de l’argent pour continuer, les seuls fonds publics venant du Ministère du travail pour le chantier d’insertion : 8 ACI*, dont s’occupe l’assistante de Mouezi, Régia, qui a rejoint Jean, Justine, Richard, Emma et Noura. Une équipe motivée, dirigée par Marie Antonelle, qui aide ces jeunes à prendre confiance en eux, à forger leur projet personnel. Tous espèrent qu’il y aura une 2ème promotion, que le bâtiment obtiendra le label « Architecture contemporaine remarquable » actuellement à l’étude à la Drac Paca. Ce qui leur permettrait de continuer dans ces lieux qu’ils ont investis et où ils ont créé des liens avec les autres structures qui avaient répondu à l’appel de Yes We Camp (https://www.journalzibeline.fr/societe/buropolis-ou-lanti-science-fiction/) (lire journalzibeline.fr).

Paroles de « Kourtrajméens »

C’est par hasard que Gaël, ex-directeur de Centre aéré, est venu à Kourtrajmé. Le jour de l’inauguration, il accompagnait des gens qui voulaient intégrer l’école. Le programme l’a séduit. Un an après, le voilà, à trente ans, en passe d’obtenir le statut d’intermittent du spectacle ! «  J’ai toujours été intéressé par les activités artistiques, dit-il, et l’école Kourtrajmé gratuite, axée sur la pratique, a été une aubaine. » On y apprend à se débrouiller, à travailler en équipe et cela permet de pénétrer des milieux plutôt fermés. Les master class ont initié Gaël aux métiers du cinéma ; il se souvient de celle d’un premier assistant à la réalisation, de sa propre perplexité devant le tableau d’organisation d’un tournage, retrouvé sur les plateaux de Provence Studio à Martigues. Un dispositif de l’école lui a permis d’y être embauché. Il a travaillé sur les costumes, pour des films publicitaires ou des shootings. Lui qui admire Spike Lee et Christopher Nolan, attend -comme nous tous- la réouverture des cinémas, se rêvant réalisateur.

Aminata sort d’un bac Gestion-Administration. Incitée par Mouezi à venir à la présentation de l’école, Aminata n’a pas hésité. La voilà étudiante et salariée : inespéré ! Elle avait mal supporté une scolarité où il lui semblait « stagner ». Des rêves, elle en avait ! mais avec le sentiment que certaines choses n’étaient pas pour elle. C’est ce que l’école Kourtrajmé a fait éclater. Ici : de l’action et pas de plafond de verre pour rabattre les aspirations. Comme les autres, elle découvre qu’elle est capable de faire quelque chose. Elle réalise un mood board pour le tournage d’un clip : même sans diplôme, on peut réussir, il suffit d’avoir la « niaque », de se faire un réseau et d’être fiable. Elle évoque en riant sa satisfaction pendant le stage de production où elle retrouve les notions de comptabilité apprises au lycée, et le plaisir procuré par celui de stylisme. Pour autant, elle se voudrait actrice pour bousculer les clichés, en particulier ceux qui portent sur les femmes voilées dont elle est ! Elle aimerait même changer le cinéma français !

ANNIE GAVA ET ELISE PADOVANI
Mai 2021

Pour les soutenir : helloasso.com/associations/ecole-kourtrajme-marseille/formulaires/1

*Ateliers et chantiers d’insertion

Buropolis, 343 Bd Romain Rolland 13009