Nino Nonetto, dans la grande tradition chambriste du Festival International de Musique de Chambre de Provence

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Nino Nonetto, dans la grande tradition chambriste du Festival International de Musique de Chambre de Provence - Zibeline

Quatuor, quintette, nonette… les trois formations chambristes étaient convoquées dans la cour du château de l’Empéri ce jeudi-soir, réunies par un esprit de convivialité joyeuse, marque de fabrique du Festival international de Musique de Chambre de Provence où les fidélités amicales se nouent. Ainsi, on retrouvait le Quatuor Mona, dans l’interprétation des deux premières pièces, avec un jeu approfondi, des couleurs et des traits qui ont gagné encore en maturité et en expression. Les violons de Verena Chen et Roxana Rastegar, l’alto d’Arianna Smith et le violoncelle d’Elia Cohen Weissert se sont attachés d’abord au Quatuor opus 13 n°2 en la majeur de Felix Mendelssohn, œuvre de jeunesse du compositeur qui signait ici à dix-sept ans son premier quatuor à cordes. La fraîcheur de l’inspiration joue avec espièglerie des sentiments convenus, la petite interrogation « est-il vrai que vous m’attendez au port, près du mur couvert de treille ? » (d’un poème de Johann Heinrich Voss) revient en leitmotiv empreint d’humour. La vivacité de ton, les élans tumultueux qui s’apaisent en motifs délicats, se joue de l’auditeur dans une esthétique de la surprise que les instrumentistes servent avec une éloquente verve. Elles seront rejointes par Paul Meyer à la clarinette dans le Quintette en la majeur K.581 de Mozart qui offrait à son « instrument fétiche » une partition colorée aux pirouettes amusées.

Enfin, le « clou » de la soirée, annoncé par le programme, Nino Nonetto, rassemblait une phalange de neufs musiciens complices et potaches, Emmanuel Pahud (flûte), François Meyer (hautbois), Paul Meyer (clarinette), Gilbert Audin (basson), Benoît de Barsony (cor), Daishin Kashimoto (violon), Joaquín Riquelme García (alto), Claudio Bohόrquez (violoncelle), Olivier Thiery (contrebasse). L’art accompli de Nino Rota dont on connaît essentiellement la littérature cinématographique, propose ici un condensé des diverses facettes du compositeur, abordant avec une fine pertinence tous les registres. La gravité s’efface en une volte malicieuse, l’humour gagne les répliques entre familles d’instruments, les cordes face aux vents se livrent à d’éblouissantes conversations, un solo virtuose s’échappe là, distillé par un violon enflammé, la flûte lui répond, la contrebasse a enfin un passage pour elle, loin de sa fonction rythmique, éclats des souffles, cordes insatiables… on se laisse emporter dans cette narration qui cultive avec un malicieux entrain le goût de l’étonnement.

La feuille de salle, remarquable d’intelligence, comme pour tous les spectacles du festival, évoque quelques anecdotes, dont celle de la disqualification aux Oscars de la musique du Parrain, sous prétexte qu’elle « plagiait » celle du film La fortunella, aussi de Nino Rota… Peut-on parler de plagiat lorsqu’il s’agit du même auteur ?

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Nino Nonetto a été donné le 6 août dans la cour du Château de l’Empéri, dans le cadre du Festival international de musique de chambre de Provence.

Photographies © Jael Travere