La Colère, deuxième roman d’Alexandra Dezzi, est paru aux Editions Stock

Faire CorpsLu par Zibeline

La Colère, deuxième roman d’Alexandra Dezzi, est paru aux Editions Stock - Zibeline

La narration à deux voix, à la Nathalie Sarraute, ne cesse de faire des petits. Peu d’auteurs s’en sont cependant emparés avec autant de pertinence qu’Alexandra Dezzi, qui signe avec La Colère un deuxième roman percutant. La jeune femme n’est pas une nouvelle venue sur la scène littéraire : son incursion vers un rap lettré et trash, quelque part entre Booba et le Klub des Loosers, avait fait parler d’elle au tournant des années 2010. Le goût de la punchline demeure intact à l’écrit : l’auteure, qui se démarque ici peu de son héroïne, écrit comme elle boxe. Les coups portés marquent durablement, ils n’épargnent ni le monde qui l’entoure, ni elle-même, et surtout pas le lecteur, qui peinera grandement à s’extirper de ce récit brûlant. Le « je » et le « tu » qui échangent sont la voix qui écrit, et celle qui vit ; à moins qu’il ne s’agisse d’une dissociation plus profonde encore, celle du viol qu’« elle » a subi, et qui semble avoir ouvert la voie à tant de violence encore. Jusque dans le contact avec ces corps d’hommes, rencontrés sur le ring, et retrouvés sous d’autres cieux. La Colère n’est pas sans maladresses : les âmes les plus sensibles y liront une certaine complaisance, et les plus exigeants un parisianisme de surface. Mais ces quelques défauts sont vite balayés par la sincérité évidente du propos, ainsi que par la fulgurance du style.

SUZANNE CANESSA`
Août 2020

La Colère
Alexandra Dezzi
Editions Stock, 18,50 €

En librairie le 26 août