Vu par Zibeline"Genet, l'échappée belle", nouvelle exposition du MuCEM

Exposer Genet

• 15 avril 2016⇒18 juillet 2016 •

Exposer l’écriture est toujours un pari difficile. Genet, l’échappée belle renouvelle le genre, avec la modestie et l’affection nécessaires pour créer l’intimité avec une œuvre exceptionnelle.

Au centre L’homme qui marche de Giacometti, comme une figure de Genet l’arpenteur, et le choc du Portrait exposé juste à l’entrée, et un peu plus loin l’œuvre d’Ernest Pignon Ernest, mise en croix d’un voyou sublime… Les deux commissaires Emmanuelle Lambert et Albert Dichy plongent immédiatement le visiteur dans l’émotion, puis conduisent son regard au travers d’un trajet complexe, vers la Méditerranée, trajet transcrit en trois salles, chacune à la fois chronologique et thématique.

Le Journal d’un voleur domine la première, l’édition originale, les épreuves annotées… mais aussi la lettre de sa mère qui l’abandonne à l’Assistance, et très tôt les rapports sur ses fugues, puis sa désertion, ses jugements, sa mise sous écrou. Genet le voleur, sauvé par l’écriture, par Cocteau et Camus, livre un récit d’errance vers le soleil d’Espagne, choc littéraire clandestin, suivi d’une longue période de silence.

C’est Giacometti qui le convaincra d’écrire à nouveau, Les Nègres, Le Balcon, Les Paravents, pièce qui lui vaudra en 1966 un affrontement historique avec Occident et les restes de l’OAS, menés devant le théâtre de l’Odéon par un certain Jean Marie le Pen. Une photo du face à face, les planches des costumes, les indications de Genet se confrontent dans cette salle très théâtrale, prélude d’un silence littéraire qui durera plus encore que le premier. Abdallah, son amant Funambule suicidé en 1970, est à peine évoqué.

La troisième salle plonge dans les combats politiques, avec les Blacks Panthers, puis en Palestine. Genet ne publie plus, sauf quelques articles pour soutenir Angela Davis, pour dire l’émotion et l’horreur après le massacre de Chatila. Mais ses derniers mois de vie seront consacré au Captif amoureux, récit de son combat politique, de son rapport paradoxal aux camps, aux réfugiés, à la souffrance, qu’il dénonce et partage, comme sa vie amoureuse, ses émois. Sur des écrans Leila Shahid, Angela Davis parlent de l’ami, et l’exposition se conclut sur sa tombe marocaine tournée vers le soleil, et un documentaire de 50 mn retissant les fils décousus de sa vie.

L’exposition se tient jusqu’au 18 juillet, et la programmation culturelle associée se déroulera dans la lumière du Fort Saint Jean avec, du 4 au 8 mai, avec des rencontres (Leila Shahid, Dominique Eddé) des lectures, un concert littéraire…

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2016

Retrouvez les entretiens d’Alain Paire avec Ernest Pignon Ernest sur notre WebTV ainsi qu’avec Albert Dichy et Emmanuelle Lambert, co-commissaires de l’exposition, sur WRZ.

Photo : Ernest Pignon Ernest Parcours Jean Genet 2006. Serigraphie photographie in situ Brest. © Ernest Pignon Ernest – Adagp Paris 2016 Cliché Banque d’images de l’Adagp

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