Cargèse n’oublie jamais : le nouveau roman d’Isabelle Chaumard aux éditions Le mot et le reste

Exils et amants mauditsLu par Zibeline

Cargèse n’oublie jamais : le nouveau roman d’Isabelle Chaumard aux éditions Le mot et le reste - Zibeline

Isabelle Chaumard, roman après roman creuse un sillon de récits à propos de la Corse souvent méconnues ou peu racontées. Après Belles Sanguinaires et Le sacrifié de Castellucio (lire les critiques en suivant les liens) elle ploie son écriture lumineuse dans une enquête qui mêle l’intime et l’histoire avec un grand H, dans une évocation de l’implantation des Grecs de Vitylo au sud du Péloponèse dans le Magne en Corse, d’abord à Paomia puis à Cargèse, fuyant le joug ottoman en 1675. La protagoniste du récit, Clio (porter le nom de la muse de l’histoire ne peut être un hasard), brillante avocate, la quarantaine, travaille dans le cabinet de son ex-beau-père. L’incipit la trouve en prise à une accumulation de contrariétés qui vont du pneu à plat à la fuite d’eau en passant par la défaillance de la connexion wifi qui lui fait perdre pour la première fois un procès (elle a découvert les dernières pièces de la partie adverse trop tard pour les exploiter). La loi de Murphy s’acharne : sa mère atteinte de pertes de mémoire, un Alzeimer diagnostiqué sans marqueur biologique pourtant, vient de disparaître de l’hospice où elle est internée. Auparavant elle lui avait enjoint d’aller en Corse rencontrer un notaire, un certain maître Francesacci qui « détient tous les papiers »… « Il faut faire vite » avait-elle insisté. Clio suit la piste, arrive en Corse, mais l’office notarial brûle… Et voici notre personnage, toujours désigné à la troisième personne, qui tente de reconstituer une vérité familiale où le secret d’une lyre, le trajet des expatriés grecs, le mutisme des uns, la morgue des autres, sont autant de mystères à résoudre dans un cadre auquel Clio sent confusément qu’elle appartient : « Clio tombe en amour au pied de l’avion. Au premier regard. C’est un coup de foudre. Tout ce qui se dégage là, elle le reçoit. Malgré le goudron, l’engin qui se vide, le brouhaha. Une vibration familière l’enveloppe, comme un vieux vêtement porté mille fois, pourtant adoré. » Une approche sensible et profonde ourlée de poésie. Un petit régal de lecture !

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2021

Cargèse n’oublie jamais, Isabelle Chaumard, éditions Le mot et le reste, 18€