« Les Vilaines », conte de fées et de terreur signé Camila Sosa Villada, aux éditions Métailié

Etre trans est une fêteLu par Zibeline

« Les Vilaines », conte de fées et de terreur signé Camila Sosa Villada, aux éditions Métailié - Zibeline

C’est ce que répétait Angie, « la plus belle trans du Parc », « C’était son antidote contre toutes les maladies, c’était sa façon de vivre. […] Comme une fleur au milieu du désert. » Angie, fauchée par le sida, comme tant d’autres, quand ce ne sont pas la misère, les tabassages qui les tuent. Une fête, vraiment ? Les Vilaines (Las Malas en espagnol) de Camila Sosa Villada retrace la vie d’un groupe de trans à Cordoba en Argentine. Une existence ponctuée de hauts revigorants (fêtes mémorables, moments de pure amitié) et aussi de beaucoup de bas qu’il faut apprendre à encaisser sans faiblir. Camila, la narratrice, raconte ainsi sans fard et avec une fureur de dire proprement stupéfiante la vie de celles qui sont « comme un après-midi sans lunettes de soleil », les trans du Parc Sarmiento, y mêlant les souvenirs de son enfance, des violences paternelles, de la honte mais aussi du désir profond de quitter l’enveloppe du timide Cristian pour se métamorphoser en Camila. Un désir qu’elle assume avec panache. Prostitution, rixes, coups et blessures, Camila l’autrice a bien connu tout ça. Et c’est sans doute ce qui donne sa fulgurance à son premier roman. Un récit flamboyant et rageur où figurent des personnages extraordinaires, comme celui de Tante Encarna, sorte de mère immémoriale, qui accueille dans sa maison rose toutes celles qui ont faim, ne savent plus où aller, qui leur apprend à résister, à se défendre. Camila Sosa Villada croise avec force poésie et trash dans un texte échevelé, au maquillage qui coule et aux paillettes qui se font la malle, comme après une longue nuit. Une alternance inédite d’envolées amoureuses et de chutes sordides. D’échappées surnaturelles également, dans la lignée du réalisme magique cher aux écrivains latino-américains. L’écrivaine argentine a reçu le prestigieux prix Sor Juana Inés de la Cruz 2020 pour Las Malas. C’est justice car ce conte de fées et de terreur est un intense plaidoyer pour la tolérance. Et une belle victoire pour toutes les reines de la nuit.

FRED ROBERT
Février 2021

Les Vilaines
Camila Sosa Villada
traduit de l’espagnol (Argentine) par Laura Alcoba
Éditions Métailié 18,60 euros