Retour sur la pièce Sublime, nouvelle création de la compagnie Arcosm associée à La Garance de Cavaillon

Être, paraître et disparaîtreVu par Zibeline

• 13 novembre 2015 •
Retour sur la pièce Sublime, nouvelle création de la compagnie Arcosm associée à La Garance de Cavaillon - Zibeline

Passionnant et actuel, le terrain de réflexion de la nouvelle création de la compagnie Arcosm, première partie d’un diptyque initié par Thomas Guerry et Camille Rocailleux (artistes associés de La Garance), s’intéresse au rapport à l’image. Et plus particulièrement dans cette pièce préliminaire, à la quête obsessionnelle et inatteignable du sublime, qui éloigne l’homme de sa personnalité profonde. Passionnant donc.
Certes les ingrédients étaient là pour cette 1re représentation, les vitrines dans lesquels se mirent les quatre protagonistes danseurs-musiciens qui endossent et se défaussent au fil du jeu d’habits trop grands, trop colorés, trop identifiés ; les images factices de magazines et les pauses ridiculisantes auxquelles s’exerce une apprentie-star qui défile sous une horde d’admirateurs dociles et débiles ; les acclamations, les corps, les cordes et les paillettes… L’image mirage, et le vide vertigineux des «suiveurs-retourneurs» de veste qui bégayent leur vie plutôt que la vivre, tout était là ! Un jeu de dupes autour de l’idolâtrie qui, malheureusement, a fini par tourner sur lui-même.
Incontestablement, on identifiait le «style» Arcosm, ce mixage réussi de danse et musique assumé par des interprètes bluffants de savoir-faire multiples, qui rassemble tous les publics. Mais on a regretté une recherche du sublime centrée exclusivement sur les figures du star-system et qui, comme tout système, a rapidement trouvé ses limites, noyé paradoxalement par des multipistes incessantes, démonstratives, manquant parfois de superbe et de suspension. Une profusion d’idées tournant autour du même pot à laquelle s’est greffée la question de la pertinence de certains numéros, utilisés (conservés ?) sans nourrir véritablement la recherche, à l’image de ce solo flamenco, épatant mais collé là sans réelle dramaturgie.
Une réflexion sur les fauxsemblants, sur la perte de personnalité et le lavage de cerveau, qui aurait gagné à être approfondie (textuellement ?), pour réussir à égratigner réellement le risible -et le danger- de l’idolâtrie… Présentée à La Garance le 13 novembre, malgré ses insuffisances comme ses trop-pleins, la pièce a trouvé, à son issue, une impensable et néanmoins puissante résonnance avec la tragique actualité, démontrant que l’homme est capable de se déshumaniser par fanatisme quel qu’il soit. Les artistes sont bel et bien là pour traduire, à leur façon, le monde et ses excès !

DELPHINE MICHELANGELI
Novembre 2015

Sublime a été présenté le 13 novembre à La Garance de Cavaillon

Photo : © Samuel Poncet

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