Le 11 octobre, la Villa Méditerranée recevait une Table Ronde sur l'engagement des Méditerranéennes dans le cadre des 9è Rencontres FFM

Être femme, filmer, s’engager.

Le 11 octobre, la Villa Méditerranée recevait une Table Ronde sur l'engagement des Méditerranéennes dans le cadre des 9è Rencontres FFM - Zibeline

 

«Cinéastes méditerranéennes et engagement politique», tel était le thème de la Table Ronde organisée ce samedi 11 octobre à la Villa Méditerranée par Films Femmes Méditerranée en partenariat avec Arte Actions Culturelles.

Pour débattre, quatre intervenantes interrogées par la journaliste Nina Hubinet : deux réalisatrices italiennes Ester Sparatore et Letizia Gullo, la cinéaste espagnole Oliva Acosta et l’artiste tunisienne Hela Ammar, auteure de la photo utilisée pour l’affiche des Rencontres 2014. Toutes quatre politiquement engagées dans leur pays en tant qu’artistes et citoyennes.

Mare magnum

C’est aux documentaristes italiennes que les premières questions ont été adressées après la projection de Mare magnum, un film qui suit la campagne électorale de Giusi Nicolini candidate écologiste à la mairie de Lampedusa en 2012, jusqu’à son élection contre des candidats issus de la grande tradition clientéliste pour ne pas dire mafieuse du Sud de l’Italie. Le documentaire fait découvrir cette île homérique frappée par l’horreur des naufragés d’Afrique que nulle Nausicaa ne viendra sauver. Les migrants, on les verra à peine à l’écran mais ils seront au cœur des débats électoraux. Si Giusi Nicolini (qui dirigeait la réserve naturelle de l’archipel) a été élue, c’est selon Ester et Letizia, parce que les résidents des îles Pelage étaient las d’une politique à la carte et au petit pied, inquiets de la désertion des touristes, révoltés par l’attitude du gouvernement italien et des instances européennes laissant Lampedusa se transformer en camp de réfugiés et en cimetière. Que, pour autant, ces fils de marins savaient bien qu’on ne peut ni déplacer une île ( la plus proche des côtes africaines) ni construire un mur sur la mer !

Giusi Nicolini que ses adversaires tout droit sortis de la Commedia dell’Arte, ont appelée «la folle» ou «la charmeuse de serpents» s’est imposée grâce à son énergie et à sa vertu. Non parce qu’elle était une femme mais parce qu’elle était la seule à avoir une crédibilité internationale et une vision politique. Dans une scène du film, tandis que Dino, l’un de ses adversaires, fraîchement sorti de prison, madré et patelin, liste sur son petit calepin les souhaits individuels de ses électeurs comme pour une lettre au père Noël,  Giusi Nicolini leur explique que leurs besoins sont des droits et qu’y répondre, pour un élu dont c’est la mission, ne doit pas devenir une monnaie d’échange.

Les femmes, les mouvements citoyens et la place des artistes

A la question : «votre travail serait-il différent si vous étiez des hommes ?» Seule Oliva Acosta– On a pu voir le surlendemain à la Maison de la Région Yo decido, el tren de la libertad, un documentaire collectif auquel elle a participé sur  la manifestation pour le droit à l’avortement menacé par le gouvernement espagnol – a été catégorique : «Oui, il y a un regard féminin sur le monde et le discours des hommes est aujourd’hui épuisé». Les trois autres ont nuancé. Il a été plus facile à Ester et Letizia, parce qu’elles étaient femmes, d’approcher, à Lampedusa, les candidats en parade masculine devant elles et de suivre la candidate Giusi dans son intimité. Héla, en Tunisie, a pu photographier des prisonniers mis en confiance parce quelle est une femme.

Toutes ont souligné l’implication citoyenne des femmes en Méditerranée. En Espagne, Italie, Tunisie, elles sont de tous les combats même de ceux qui ne les concernent pas exclusivement, aux côtés d’hommes qui pourtant leur affirment régulièrement que les droits des femmes, ce n’est pas la priorité !  Hela Ammar a longuement parlé de la place des artistes après la Révolution tunisienne, de leur ouverture sur l’espace public comme dans Artocratie en collaboration avec JR, des leçons d’humilité que leur donnait la rue. A la dernière question sur l’identité méditerranéenne entre fantasmes et paradoxes, unité et ruptures, elle a eu le dernier mot relevant qu’au moment où le net annule virtuellement les frontières, la mobilité réelle des individus est toujours entravée. Que pour sa part, elle se sentait tunisienne et méditerranéenne mais que ce n’était qu’un point de départ. Un peu comme naître femme, en somme.

ELISE PADOVANI

Octobre 2014

Crédit : A.G.

 

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