Le week-end des 3B, proposé par Mars en Baroque, a scellé de jolies retrouvailles virtuelles

Éternels retoursVu par Zibeline

Le week-end des 3B, proposé par Mars en Baroque, a scellé de jolies retrouvailles virtuelles - Zibeline

Les 28 et 29 novembre derniers devaient être dédiés à la trilogie de compositeurs par excellence : Bach, Beethoven et Brahms. La partie Bach ayant été annulée pour raisons de santé, seules les captations dédiées à ces deux derniers ont pu être mises en ligne. On avait, cependant, de quoi faire. Le mini-concert donné par le Quatuor Mycelium sur instruments d’époque faisait ainsi plaisir à voir, et surtout à entendre. Les jeunes musiciennes du CNSM de Lyon – Minori Deguchi et Sophie Pieraggi aux violons, Jeanne-Marie Raffner à l’alto et Maguelonne Carnus-Gourgues au violoncelle – sachant cultiver, sans doute pour contrebalancer la rugosité du timbre, une élégance du trait et une finesse, dans le son comme dans le phrasé, particulièrement savoureuses. Les choses deviennent plus piquantes, sans pour autant perdre de leur tenue, sur la suite du programme. Les cordes pincées du clavecin – Jean-Marc Aymes, directeur artistique du festival – et de la mandoline – Vincent Beer-Demander – s’y marient dans une joie communicative. On n’aura que peu entendu Beethoven sur de tels instruments : l’absence de notes tenues s’y révèle pourtant particulièrement intéressante. La couleur se fait plus insaisissable, les accords et harmonies piquent davantage, puisqu’ils ne prennent pas le temps de se fondre. L’entretien mené subtilement par Nicolas Lafitte entre Jean-Marc Aymes et Vincent Beer-Demander confirmera ce que l’exécution de ces sonatines laissait déjà deviner. À savoir que chez ces deux musiciens comme chez la plupart de leurs confrères spécialistes de la musique « historiquement informée », la vocation d’instrumentiste est toujours allée de pair avec un désir, non pas de confisquer une « vérité » de la musique inaccessible à d’autres, mais bien de faire connaître et rayonner une musicalité et un répertoire inédits.

Armée pacifiste

Cette vocation multiple d’instrumentiste, de passeur et de musicologie « appliquée » s’avère également au cœur de la démarche de L’Armée des Romantiques et du film de Sébastien Renaud, Pleyel 8888, donné en accès libre le temps du week-end. Réalisé avec le soutien de l’Académie Bach, ce documentaire fait entendre le son de plusieurs pianos conçus entre 1831 et 1867, après avoir accompagné le temps de leur rénovation. Les interventions de spécialistes, de collectionneurs, et de Rémy Cardinale – créateur de cette Armée bien pacifiste – jalonnent ces moments d’écoute. Ils rappellent l’insaisissabilité d’un répertoire dont la réception tardive a quelque peu altéré la teneur. Ici, c’est bien l’instrument qu’on écoute. C’est bien sa capacité au « parlando », son grain, la fluidité de son toucher qui guide l’interprétation, et non pas l’instrument qui se plie à un programme et à un interprète hors sol. Une autre rencontre avec Nicolas Lafitte rappelle cette primauté, souvent oubliée. Oubliées, également, les intentions d’un Chopin plus timide que ses avatars tardifs, le désir de ses contemporains d’une expressivité outrée, sucrée, mais qualifiée de « maniérée » par ses successeurs. La musique enregistrée n’ayant en effet vu le jour qu’une fois le néoclassicisme entériné, c’est souvent cet esprit romantique qui savait prendre le pas sur la lettre qu’on a sacrifié sur l’autel d’une virtuosité technique plus froide. Si ces intentions d’origine nous demeurent, aujourd’hui encore, inaccessibles, et si ces théories, certes fondées sur des écrits seconds d’époque, demeurent des théories, force est de constater que le programme concocté par l’ensemble autour de Brahms a de l’allure. L’Érard d’époque déploie une riche palette de sonorités, faite d’échos, de métal, mais aussi d’une douceur insoupçonnée. Les cordes s’y parent d’un souffle lyrique qui sait également se faire pudique et douloureux. Le retour à la matière se révèle, ici encore, d’une réelle modernité.

SUZANNE CANESSA
Décembre 2020

Le Week-end 3B de Mars en Baroque a eu lieu en ligne les 28 & 29 novembre

Photographie : Quatuor Mycellium © Cécilia Humez-Kabadanian