Le Faust de Gounod clôt avec panache la saison de l'Opéra Grand Avignon

Éternel Faust !Vu par Zibeline

Le Faust de Gounod clôt avec panache la saison de l'Opéra Grand Avignon - Zibeline

Plus de deux mille représentations n’ont pas altéré le visage éternellement jeune de l’ouvrage méphistophélique de Gounod : harmonies somptueuses, orchestration coloriste finement soignée, airs enivrants… autant d’éléments qui expliquent le succès de l’opéra du compositeur français. Grande est donc la gageure, à chaque nouvelle production, d’apporter un regard neuf, frais, sans dénaturer l’œuvre, tout en lui insufflant un esprit de modernité. Nadine Duffaut, à la mise en scène, a relevé le défi avec brio, mélangeant vidéo, jeu de lumières, avec une intelligence remarquable. Le vieux Faust, Antoine Normand, en permanence sur scène, erre comme un fantôme, le visage décrépi, regardant la mort en face, qui avance à pas de velours. Les personnages, comme floutés, déambulent dans des décors magnifiques suspendus à des fils invisibles que guide Méphistophélès. La scène de la cathédrale, l’une des plus belles de l’opéra, surnaturelle et fantastique, semble sortie d’un tableau du Caravage, tout en clair-obscur, la lumière zébrant d’une phosphorescence subite les moindres gestes apitoyés de Marguerite. Nathalie Manfrino, divine soprano, enchaîne les airs d’une ingénuité pastorale, du Roi de Thulé  aux plus ornementés, chante L’air des bijoux avec aisance, et parfois une petite tension dans les aigus qui n’enlève rien à la qualité de son interprétation. Florian Laconi, Faust, décidément à l’aise dans les ouvrages de Gounod -il avait excellé dans Mireille– montre, dans un rôle comme taillé sur mesure, toute l’étendue de son talent, la voix exclusivement au service de l’émotion. Marie-Ange Todorovitch, la duègne, et Samy Camps, Siebel, tiennent leurs seconds rôles sans ciller, entourés d’un Lionel Lhote magnifique, à la voix puissante, ambrée, baryton sublime d’une aisance exceptionnelle. Et Jérôme Varnier (Méphistophélès), belle basse aux graves profonds, assume avec force un rôle d’une grande intensité, malgré quelques décalages avec l’orchestre, faute d’assise rythmique.

L’ensemble de la troupe, pour cette dernière qui mobilisa toutes les forces vives de l’Opéra Grand Avignon, Orchestre, Chœur et Ballet menés à la baguette par Alain Guingal, est également parfait, clôturant ainsi une saison bigarrée, forte en émotion, à l’image d’un homme passionné, d’une éternelle jeunesse toujours soucieux de donner le meilleur à un public de mélomanes avertis : Raymond Duffaut. Merci monsieur, tout simplement.

CHRISTOPHE FLOQUET
Juillet 2017

Faust a été donné à l’Opéra Grand Avignon les 9 et 11 juin

Photographie : © ACM – Studio Delestrade

Opéra-Théâtre du Grand Avignon
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