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Vu par Zibeline

Marseille Objectif Danse accueillait Boris Charmatz, invité du Mucem

État d’urgence chorégraphique

• 27 mars 2019⇒28 mars 2019 •
Marseille Objectif Danse accueillait Boris Charmatz, invité du Mucem - Zibeline

Comme pour une rave party de la grande époque, c’est au dernier moment que le lieu du rassemblement est dévoilé. Intrigués, nous voilà place des Horizons, entre deux sombres étages de ce qui pourrait être un parking aérien. Cet horizon est celui de la Belle de Mai, dans un arrondissement délaissé au point d’être le plus pauvre de France. Des porteurs de lumière impassibles se positionnent. Les projecteurs s’allument. Six danseurs dont quatre hommes fendent l’attroupement. Les corps font parfois plus que se frôler. Des mouvements désarticulés et des déplacements vifs, comme improvisés, créent un climat urbain peu serein. Et des mots, beaucoup de mots. Des textes du performeur britannique Tim Etchells, du sculpteur et vidéaste nord-américain Bruce Nauman, ou encore du poète marseillais Christophe Tarkos. Tous artistes provocateurs, critiques, subversifs. Il y aussi ces paroles familières, au souvenir glaçant : le récit encore bouleversé de Patrick Pelloux le lendemain de l’attentat à Charlie Hebdo. La danse face à la barbarie. Imitant le pas des soldats, arme imaginaire à la main, le commando de danseurs jette des regards froids avant d’intimer au public de bouger. Dans un monde en proie au chaos, l’urgence est à se mouvoir. Peu importe la direction que l’on prend, ne pas rester sur place, ne pas se figer dans la peur. Car être immobile, c’est mourir un peu. Même trembler est un signe de vie. Un peu plus tard, enchevêtrés sur le sol, formant un gang sensuel aux gestes lascifs, ils récitent Dans ma benz de NTM, comme une prière. La danse, comme l’art de caricature, l’écriture ou encore le rap sont des outils de résistance, des chemins vers la liberté, des leviers de l’émancipation, face à la violence obscurantiste. Du mouvement des corps mais aussi des esprits viendra le salut.

LUDOVIC TOMAS
Avril 2019

Danse de nuit a été joué les 27 et 28 mars à la Friche la Belle de Mai, à Marseille

Photo : Danse de nuit c Boris Brussey


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