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Raphaël Imbert et Amandine Habib au Petit Duc

Et tout ça, c’est du jazz !

Raphaël Imbert et Amandine Habib au Petit Duc - Zibeline

Entre Bach, jazz, improvisations, musiques « dégénérées », Raphaël Imbert et Amandine Habib déclinent la verve de leurs notes, l’un, féru de jazz, aux saxophones, l’autre, issue de la tradition classique, au piano. Dans l’écrin du Petit Duc à Aix-en-Provence, ces deux musiciens hors pair nous conduisent par les plus délicieux détours et précisent avec clarté les points essentiels. À nous les exégèses dodécaphoniques, les accords classiques, l’histoire (celle qui s’orne d’un grand H) et les anecdotes éclairantes ! Les éléments les plus pointus nous deviennent familiers, évidents. La polytonalité de Wagner révolutionnée par le dodécaphonisme de Schönberg, les 400 ans de musique occidentale, le passage de la tonalité à la modalité, grâce aux « trois grands de Vienne », Alban Berg, Schönberg, Anton Webern, tous trois décrétés par les « esthètes » nazis comme « dégénérés », parce que juifs, auxquels se joindra Béla Bartók, qui exigera que ses œuvres fassent partie de l’exposition sur la musique « dégénérée » de Düsseldorf en 1938. D’ailleurs le saxophone lui-même était suspect, instrument du « jazz noir des États-Unis », interdit de diffusion sur les radios allemandes dès 1935… Et pourtant quelle douceur avec « l’une des plus belles mélodies jamais écrite » d’Alban Berg, le lied du Rossignol (Nachtigall), auquel répond Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ, de « papa Bach », choral qui se laisse jouer comme un standard de jazz… L’histoire traverse le programme, depuis « le premier jazzman, (Bach) » aux géniales improvisations, jusqu’aux remuements politiques qui ont classé musiques et musiciens selon les principes ignobles des racismes d’état, contraignant au silence ou à l’exil les artistes, comme Zemlinsky et tant d’autres, de l’Allemagne à Hollywood. Subsistent aussi, bouleversantes, des œuvres d’anonymes, composées et jouées dans les camps de concentration, ou dans le ghetto de Varsovie… « Oui, la musique a à dire quelque chose » sourit Raphaël Imbert. En bis quelques extraits des pièces de Musica Ricercata de Ligeti, prouesses pianistiques, virtuosité inspirée au saxophone… « Tout est musique » disait le poète. « Tout est jazz ! » ajoute Raphaël Imbert.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

Le concert Bach to Jewish Music a eu lieu le 23 mars, au Petit Duc, Aix-en-Provence

Photographie : Petit Duc, Raphaël Imbert et Amandine Habib© Gilles Debeurme


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