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Vu par Zibeline

Retour sur Diktat, ou le poids du regard de l'autre, qui nous entrave et nous fait exister

« Est-ce que vous m’aimez ? »

Retour sur Diktat, ou le poids du regard de l'autre, qui nous entrave et nous fait exister - Zibeline

Troublant, déroutant, déstabilisant, drôle, tendre, grave. Diktat, le spectacle seule-en-scène présenté par Sandrine Juglair est tout cela à la fois. Le Diktat qu’elle impose et qu’elle expose est celui du regard de l’autre. Nous y sommes tous soumis, et l’artiste s’amuse à jongler avec les situations où la façon dont les autres nous voient nous perturbe ou nous transforme. Elle décale les rôles et les repères, pour mieux surprendre et embarquer le public. Son personnage initial est un clown, plein de de stress, de maladresse, de précipitation. Elle l’interrompt pour venir s’installer sur un fauteuil de la salle, demandant à ses voisins si le spectacle a commencé.

Quand elle retourne en scène, c’est dans la peau d’une femme assurée, qui joue du charme et de l’érotisme. Dressé au milieu du plateau, le mât chinois est à la fois un support d’acrobaties et une barre de pole dance. La comédienne se déshabille, elle est maintenant en short, torse nu, une serviette sur les épaules. Toute la posture de son corps est alors celle d’un homme. Un boxeur même, qui avance, les jambes arquées, la démarche virile. Elle retire la serviette qui dissimulait ses seins. À demi-nue, avec des petits cœurs rouges collés sur ses tétons, son attitude reste étonnamment masculine. Avant qu’une montée au mât en escarpins rouges ne raniment la femme et l’actrice, désormais en longue robe noire. C’est même une diva qui se révèle, avec toutes les outrances que cela implique.

La star enchaîne les rappels pendant qu’une bande-son diffuse acclamations et applaudissements à tout rompre. Puis quand les projecteurs s’éteignent, le coup de blues l’envahit. Rongée de doutes et d’angoisses, l’artiste panique. Et si on ne la voyait plus ? Elle aime son public, elle le lui clame, elle n’est rien sans lui. Et nous tous ? Existerions-nous si personne ne nous regardait ?

JAN-CYRIL SALEMI
Novembre 2017

Diktat a été joué le 13 octobre à L’Alpilium à Saint-Rémy-de-Provence, dans le cadre du temps fort Des Cirques Indisciplinés, organisé par le Théâtre d’Arles

Photo : © Milan Szypura


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