Françoise Atlan enchante l'Abbaye de Boscodon au 4è "Week-end" du Festival de Chaillol

Esprit de lumièreSpectacle partenaireVu par Zibeline

• 25 avril 2015 •
Françoise Atlan enchante l'Abbaye de Boscodon au 4è

Au bout du mois d’avril et d’une route droite montant de la vallée de la Durance, entre Savines-le-Lac et Embrun, surgit au travers d’une brume nuageuse les murs antiques d’une de nos plus belles abbayes romanes : Boscodon ! A l’intérieur, sous la voûte en berceau adossée au cloître, son monastère où vivent encore Bénédictines et Dominicains, alors que le jour s’éteint, le chœur s’illumine de vert et les bancs sont tapissés de monde. Pour une première venue du Festival de Chaillol en ce lieu historique, c’est une réussite ! Il ne fait guère chaud, mais on se serre, venus de partout pour profiter de la chaleureuse présence d’artistes animés d’un esprit de lumière : celui de la Convivencia !
Partisane du dialogue des Trois cultures (bien mis à mal ces derniers temps !) Françoise Atlan chante en trois langues : hébraïque, judéo-espagnole et arabe. En compagnie de Nidhal Jaoua au qanun (cithare), cette interprète majeure des répertoires méditerranéens, arabo-andalous, tisse de sa voix chaleureuse, charnue dans le grave et si claire lorsqu’elle s’envole vers les hauteurs, des vocalises en dentelle. Les cordes pincées dessinent les plans d’un tableau sonore où la pulsation se cherche… et se fuit à peine s’est elle trouvée. Au taksîm (prélude instrumental improvisé), tout en suspension, succèdent des dynamiques dansantes, pulsées finement au bendir (tambour).
Et c’est Tanger qui est à la noce, ou le Cantique des Cantiques et son jardin d’amour, ses rivières où coule le miel ! Robe noire tombant aux pieds, Françoise Atlan prend la voix Myriam… de Marie, la mère et la fille… de l’universel féminin. Le duo chemine au gré des modes orientaux traditionnels, de trémolos en ornements cristallins, de l’éclatante Grenade avec ses guirlandes en arabesques, à la troublante berceuse « Nani Nani »… C’est la beauté qui est chantée, avec ce qu’elle possède, en germe, de douleur… Une ode au Créateur aussi, unique, commun aux religions du Livre, qui par un temps de lumière, belle parenthèse historique, vécurent en relative harmonie dans le sud de l’Espagne !

JACQUES FRESCHEL
Mai 2015

Photo : Alexandre Chevillard