Retour sur la Biennale des Jeunes créateurs d'Europe et de la Méditerranée

Errare humanum estVu par Zibeline

• 6 juin 2013⇒7 juillet 2013 •
Retour sur la Biennale des Jeunes créateurs d'Europe et de la Méditerranée - Zibeline

Les habitants d’Ancône n’avaient sans doute pas la tête à faire la fête et ne se sont pas rendus nombreux à la 16e Biennale des Jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée. Dommage pour les délégations présentes au Mole Vanvitelliana où se déroule la majorité des événements (concerts, performances, lectures…) et des expositions. Il faut dire que la situation en Italie n’est pas propice aux réjouissances festives, particulièrement dans ce port marchand accroché à la côte adriatique, déclaré en faillite et privé d’équipe municipale depuis février… À Ancône donc, seulement quelques affiches éparses et des bâches accrochées aux murs du Mole annoncent la manifestation. Bref, malgré l’environnement économique morose, la BJCEM atteint son objectif premier de faire se rencontrer et confronter 250 artistes -20 pour la sélection française coordonnée par l’Espaceculture Marseille- autour du thème Errors allowed [les erreurs admises].

Un Pentagone à l’italienne
Le bâtiment qui autrefois abritait les lépreux en quarantaine ressemble étrangement au Pentagone avec ses remparts fortifiés ! Transformé en pimpant pole culturel, c’est là que bat le cœur de la BJCEM : salles de conférence, auditorium, Teatro Mobile, ateliers pédagogiques et espaces d’exposition équipés de hautes cimaises modulables offrent les conditions optimales de monstration des œuvres sélectionnées par 8 curators internationaux nommés par le Réseau Biennale. Eux-mêmes s’appuyant sur des comités de présélection spécialistes du tissu artistique de leur territoire. Tel est le dispositif mis en place à titre expérimental qui permet aux regards critiques et esthétiques de construire avec les œuvres une narration perceptible autant dans l’organisation spatiale des expositions que dans la lecture du catalogue. De fait Errors allowed [les erreurs admises] développe plusieurs sections qui structurent la pensée et les réflexions des jeunes artistes sur «les systèmes de connaissance et les stratégies éducatives produites par les arts et leur reflet dans la société en général». Comme Vanishing Utopias qui s’ouvre avec la sculpture de l’algérien Oussama Tabti, The Amsterdam Treaty, attractive par son scintillement et repoussante par ses pointes effilées : «On ne voit que les étoiles qui brillent sous la lumière. C’est un peu ça l’Europe depuis les pays du Maghreb ou d’Afrique : l’Occident c’est l’Eldorado, mais quand on y est cela devient tout autre chose». Et se poursuit notamment avec Voice of Invisibles du libanais Charbel Samuel Aoun qui partage par voix interposées le vécu des peuples déshérités du Liban et de Syrie, collectées dans les jardins publics : «C’est une invitation faite aux passants de répondre ou non aux téléphones [12 vieux modèles qu’il a remis en marche, ndlr]. C’est eux les acteurs… Ce travail m’a appris beaucoup sur les relations. Le monde ne peut changer qu’en écoutant ces invisibles». Deux français trouvent aussi leur juste place : les photographies de Léna Durr, Teen Age, dans la section Schizopolis et les Vanishing People d’Aurélien David présentés dans Something making something leads to nothing. Mais tout n’est pas si simple.

Le Pavillon français
Si la cohérence des choix et la qualité des regards des curators n’est pas remise en question, l’existence d’un «pavillon français» rassemblant une large majorité d’artistes de Marseille-Aix-Toulon l’est au contraire. D’autant que l’appellation Memory of Present ressemble à un étrange fourre-tout… dont se défend Alessandro Castiglioni : «Cette catégorie est née quand on a vu les œuvres. C’était important d’avoir une réflexion sur la relation entre le présent et le classicisme car le travail de beaucoup d’artistes français dialogue avec la mémoire et les problématiques que la relation à la mémoire crée. Ils ont tous une grande capacité à la réinterpréter». Explication qui apaise le sentiment de certains d’être «relégués» dans un espace excentré qui plus est… Martin Lewden et son Sweet Madness révélé sous tous les angles malgré un accrochage qu’il juge inadéquat, Kathialyn Borissoff et sa série Ostéogenèse imparfaite qui pâtit d’un éclairage direct, Julie Balsaux (Cloud) et Jane Antoniotti (Potemkine), Arthur Sirignano dont l’installation The Recumbent Figure aurait mérité un environnement plus approprié ou Elvia Teotski qui jette la zizanie dans ses Petites perceptions instables en projetant à terre quelques cubes de papier azyme… Geste artistique ou geste symbolique qui perturbe un ordonnancement que l’on imagine immuable ?

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Juin 2013

Inauguration les 6, 7, 8 et 9 juin, expositions jusqu’au 7 juillet

www.bjcem.net

www.espaceculture.net

Photo : Le Mole Vanvitelliana, coeur battant de la BJCEM de jour comme de nuit (c) MGG/Zibeline