Critique: Le dernier roman de Jean Contrucci chez HC éditions
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Le dernier roman de Jean Contrucci chez HC éditions

Errances manuscrites

Le dernier roman de Jean Contrucci chez HC éditions - Zibeline

Le dernier roman de Jean Contrucci, Le vol du Gerfaut, ne nous entraîne pas dans l’univers des Mystères de Marseille, et on le regrette à la lecture des premières lignes. On a du mal à s’intéresser à cet écrivain sur le retour, Jean-Gabriel Lesparres, ses problèmes de cornée et d’égo, marié à une femme décorative, élément de standing incontournable dans le milieu bobo-branché-friqué qu’il hante. Le style semble être essoufflé comme le narrateur, qui, après les beaux succès littéraires de ses premières années, est « en panne ». Au fil des pages cependant, lorsque la narration prend le tour du polar, et se glisse dans les méandres d’une intrigue policière, le style alerte de Jean Contrucci reprend ses droits. Si l’incipit mime la déroute du protagoniste, incapable d’écrire « aussi bien qu’avant », le maître des mots, lui, mène l’intrigue en un rythme qui peu à peu s’accélère avec brio : concision efficace, à l’instar du maître invoqué, José Maria de Heredia, dont le poème Les conquérants (auquel le titre fait référence) figure en fin d’ouvrage, et scénario très cinématographique qui s’emballe en une vertigineuse mise en abîme. Afin d’échapper aux sempiternelles relances de son éditeur qui attend le manuscrit promis, l’auteur décide de recourir à un subterfuge : prétexter le vol de l’unique exemplaire de son roman. Mais, alors que tout semble s’être déroulé à merveille, il reçoit, parmi les manuscrits à lire en vue d’une sélection éditoriale, les épreuves de son roman, achevé, et signé d’une certaine Dominique Francœur. Jean-Gabriel Lesparres mène l’enquête, entre dans une nouvelle ère du soupçon, où il imagine une conspiration diabolique chez tous ceux qu’il croise. On est tenu en haleine par les diverses péripéties, les aveuglements successifs du personnage. Approche amère des thèmes du vieillissement, de la perte des capacités, de l’oubli, mais aussi des politiques éditoriales, qui parfois s’éloignent des exigences de la littérature au profit de mondanités superficielles. L’humour perce sous le rocambolesque, et accorde au roman la légèreté élégante de l’expérience.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

Le vol du gerfaut, Jean Contrucci
HC éditions, 19 €