Vu par Zibeline

Human de Yann Arthus Bertrand : un voyage à travers l'humain

Éprouver l’humanité du monde

Human de Yann Arthus Bertrand : un voyage à travers l'humain - Zibeline

C’est, déclare-t-il, l’oeuvre de sa vie. Human, le dernier long métrage de Yann Arthus-Bertrand, est un film bouleversant.

Il sera projeté le 12 septembre aux Nations Unies puis, après un bref crochet à Paris, c’est Marseille qui en aura la primeur, pendant près d’un mois, en projection gratuite à la Villa Méditerranée. Un événement, parce qu’il est rare qu’un film documentaire accessible à tous ait une telle qualité émotionnelle.
Human surprend toutes les attentes : ce n’est pas, contrairement à Home, un plaidoyer écologique et amoureux pour notre terre, mais un voyage à travers les êtres humains. À la rencontre, réelle, de tous, hommes et femmes, vieillards et jeunes gens, sur tous les continents. Pauvres et riches, homosexuels et époux amoureux, handicapés, artistes et meurtriers, enfants aux rêves immenses, tous défilent, et parlent, simplement, de leurs désirs, de leur histoire, du monde, de l’amour, de leur métier, de leur rapport à Dieu et à la vie. Cela dure plus de trois heures, et la force des témoignages est immense. Pourtant la mise en scène est minimale : le photographe cadre les visages au plus près, juste à la distance du regard, comme si l’on conversait avec eux. Sur fond noir, sans décor, ils répondent aux questions qu’on leur a posées, tous égaux, et l’on n’entend que leurs propos, traduits juste à côté de leurs yeux. Leurs histoires nous font rire et pleurer, comprendre des choses incomprises, à la fois parce qu’ils sont souvent très éloignés de nous, Africains, Aborigènes, Asiatiques ou Américains bon teint, et parce que ce qu’ils disent sur leurs enfants, le bonheur, l’amour, la détresse aussi, la souffrance, la pauvreté, nous fait éprouver notre humanité commune

Raviver l’empathie

Le message de ce film est aujourd’hui essentiel. Parce que renvoyer chez lui ce réfugié sans papier serait signer sa mort, et que l’on voit son visage ; parce que cet enfant pauvre a les mêmes désirs que les nôtres, et qu’on ne voit pas au nom de quoi on lui refuserait d’espérer ; parce que l’amour dont parlent certains est le même que celui qu’on éprouve pour les siens ; et que même les histoires les plus inhumaines, celles de la guerre, de ces hommes qui ont tué, qui aiment encore le meurtre comme on s’adonne à une drogue irrésistible, que ces histoires-là disent aussi notre humanité commune, nos pulsions, nos dégoûts.
À l’heure où l’Europe se replie, où l’on nous fait croire qu’il faut ériger des murs pour se protéger des autres, que l’économie est plus importante que la vie, ce film, si simple dans son concept, si intense dans sa volonté démesurée de témoigner du monde, nous plonge dans des affects communs. La diversité fait notre humanité… et l’égalité, la fin de la détresse et de la violence, n’est souhaitable que si elle nous concerne tous.
Chaque témoignage dure de une à trois minutes. Aucun visage ne revient. Les séquences sont montées par thèmes, et entrecoupées par des images sidérantes de beauté sur des paysages occupés par des hommes, et vus du ciel. Des respirations en musique (Armand Amar), époustouflantes : des caravanes sur le sommet des dunes, des familles qui rient, soulevées par une vague, des hommes qui creusent un improbable canal, la colère de la mer, des enfants qui jouent avec un ballon imaginaire…
La Villa Méditerranée complète les projections de ce film par une exposition audiovisuelle qui va occuper tout son espace, et apporte des compléments explicatifs qui permettent de situer les témoignages. Elle se centre sur la Méditerranée, et explore d’autres visages et paysages : le cinéaste, qui a tourné plus de 2000 heures de témoignage et 500 heures de vues aériennes, dans 60 pays pendant trois ans, dispose d’une matière à d’autres montages que ce film de 3h10, ou celui de 2h30 qui sera projeté pour les lycéens, et sur France 2 fin septembre.
Un espace forum dédié aux ONG permettra également de débattre… sur ce film choc, et sur l’humanité.

AGNES FRESCHEL
Juillet 2015

Human
de Yann Arthus Bertrand

 


Villa Méditerranée
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