À Aix, l'exposition de Fabienne Verdier au Musée Granet

Épouser l’énergie du mondeVu par Zibeline

• 24 juillet 2019⇒13 octobre 2019 •
À Aix, l'exposition de Fabienne Verdier au Musée Granet - Zibeline

Aix ouvre grand ses portes à Fabienne Verdier. En trois lieux, dédiés chacun à une facette de son art.

Le Pavillon de Vendôme s’attache à reconstituer l’atelier nomade de la peintre, mettant en scène ses installations, le pinceau énorme (près de 60 kilos mus par un système de poulies) qui permet des tracés à la mesure de l’intensité spirituelle qui habite les paysages.

À la Cité du Livre, quatre films élaborés en 2017 à l’invitation de l’Académie du Festival d’art lyrique. « Pour moi, affirme Fabienne Verdier, le langage pictural et le langage musical procèdent de la même énergie, la peinture donne à voir la musique » ; aussi, poursuivant la veine de ce qu’elle avait déjà pratiqué au sein de l’école Juilliard à New York en 2014, elle adapte un dispositif qui lui permet d’établir entre le tracé de son pinceau et le déroulé de la partition musicale (jouée par quatre quatuors à cordes) une véritable synchronie. Tâtonnements et fusions sont ici mis en scène et nous permettent de comprendre non seulement la démarche profondément originale du peintre, mais aussi l’énormité du travail accompli. L’on « voit » les pièces de Haydn ou Adámek, et les tableaux semblent murmurer les élans mélodiques… 

De l’importance du temps 

Le Musée Granet consacre son exposition temporaire à une rétrospective chronologique de l’œuvre, en six sections qui s’orchestrent depuis les années de formation en Chine à la rencontre avec le pays d’Aix et « l’expérience du plein air sur les terres de Cézanne ». Elle rencontre dans la province de Sichuan au pied du Tibet un vieux peintre, Huang Yuan, qui, malgré les interdits qui entourent l’art traditionnel encore en 1983, accepte de lui transmettre les fondements de son art, le fameux « unique trait de pinceau », la répétition des années durant de mêmes gestes : « tant que tu n’auras pas réussi à donner vie au trait horizontal, nous ne passerons pas aux autres traits, lui dit-il ». Son tableau de 2007 en hommage posthume au vieux maître reprendra ce trait, vibrant d’énergie. 

De retour en France en 1992, elle effectue le chemin inverse, après avoir désappris les codes de représentation européens en Chine, elle se concentre sur la déconstruction du signe. « Le pinceau, dit-elle, c’est comme un être humain, avec ses os, ses articulations, son sang, ses nerfs. C’est un être véritable. Il y a une énergie similaire entre la peinture et la gravitation universelle. Je tente d’exprimer cette énergie en peignant debout, sur le sol. Mon corps et le gros pinceau, un seul être… en fait, chaque peinture est une expérience de mon corps ». En créant les sublimes fonds de glacis de ses toiles, elle « essaie d’y peindre une vibration ». Quant à la couleur noire du trait, elle explique : « la couleur noire est une non-couleur, et spectre de toutes, donc la plus apte à exprimer la spiritualité ». 

C’est cette spiritualité que son pinceau capte, à sa manière non-figurative, des chefs-d’œuvre de la peinture flamande du XVe siècle, auprès desquels elle a médité quatre années, à l’invitation du musée Groeninge de Bruges. Il s’agissait alors de « saisir l’essence symbolique des représentations ». Quatre ans encore de travail avec des scientifiques, pour réfléchir sur « l’énergie blanche » des particules qui nous traversent, et la transcrire. 

Quarante ans de travail, une inlassable quête, poétique, des racines de la création… « Il est besoin de temps pour ouvrir de nouveaux territoires ». Aujourd’hui elle remet la nature sur ses toiles, avec son atelier nomade, sur la Sainte-Victoire ou dans les carrières de Bibemus. Cent ans après Cézanne, à l’invitation de Bruno Ely, directeur du musée Granet, elle réinterprète la montagne… « Nous devons apprendre de la géomorphologie de la montagne, quelque chose de fluide et dense. » 

Comme une respiration sensible au cœur d’œuvres monumentales. 

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2019

Jusqu’au 13 octobre
Musée Granet, Pavillon de Vendôme, Cité du Livre, Aix-en-Provence
museegranet-aixenprovence.fr
aixenprovence.fr
citedulivre-aix.com

 

Librairie de Provence
31 Cours Mirabeau
13100 Aix en Provence
04 42 26 07 23
www.librairie-provence.com

Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
http://www.museegranet-aixenprovence.fr/