Les Gueules Rouges : Mémoires des mineurs de bauxite en Provence

Épopée rougeVu par Zibeline

Les Gueules Rouges : Mémoires des mineurs de bauxite en Provence - Zibeline

Dans les années 1980, l’exploitation des mines de bauxite de la Provence (alors) Rouge s’arrête. Afin de préserver la mémoire de cette époque, sera édifié le musée des Gueules Rouges à Tourves.

 Le poète et éditeur Éric Blanco, secondé par la plasticienne, performeuse et poète Claudie Lenzi, s’est attaché aux paroles des mineurs de la bauxite au cœur d’un film produit par PVV (Pays d’art et d’histoire Provence Verte Verdon) intitulé Les Gueules Rouges : Mémoires de mineurs de bauxite en Provence.
« Il y avait une sorte d’urgence à rassembler les témoignages de ceux qui ont vécu la période d’exploitation des mines de la Provence Verte, le temps passe, l’âge est là, déjà certaines figures du film ont disparu après le tournage. Ces paroles sont précieuses et nous donnent une vision humaine essentielle de ce que fut ce travail ». (E. Blanco)

L’histoire de la bauxite commence aux Baux-de-Provence d’où elle prend son nom (« l’alumine de Baux »). Le minerai sera exploité dès la fin du XIXe siècle à Tourves et dans de nombreuses autres communes du Centre-Var (essentiellement à Mazaugues, Brignoles, Vins, Le Val, Cabasse, Le Luc), qui constituaient le premier gisement mondial de bauxite dont la France fut le principal producteur dans le monde jusqu’en 1913.
À travers photographies, documents, extraits de journaux (papier ou télévisés), images d’archives, dates-clé, interview des mineurs et de leurs familles, se brosse en un passionnant puzzle un large pan de vie, où le particulier devient pierre d’un édifice. La fierté de travailler à la mine, de contribuer à un destin collectif, d’apporter un salaire à la maison (bien supérieur à ceux des ouvriers des autres secteurs de travail), l’évocation des luttes pour préserver les mines, prolonger au moins leur existence (les grèves ont permis un sursis de dix années), sont convoquées dans les mots, les images, avec pudeur, humour, sensibilité. Nostalgie du rouge qui colorait le paysage, mais aussi lessives spéciales des vêtements de travail, durcis par les poussières de minerai… Le rythme du quotidien scande les années, repas préparés à la maison, consommés dans la mine, au fond… il faudra des années de revendications pour avoir un lieu dédié à la pause-déjeuner. L’évolution des outils, la forme du manche de pelle qui se transforme pour une meilleure prise, la dureté des tâches, les trajets accomplis pour se rendre sur les lieux d’exploitation, à pieds, à vélo, en car, les débuts de carrière à 14 ans, les dangers, les explosions, les effondrements qui emportent des copains, des collègues, les luttes, la camaraderie, tout cela crée des liens forts entre les mineurs aux origines multiples, ils sont issus de la région, mais surtout d’Italie, puis de Pologne, d’Espagne, de Yougoslavie.

Témoigner devient pour chacun un devoir, rempart contre l’oubli, don aux générations à venir de la force d’une conscience sociale, de classe, de dignité dans et par le travail. Chaque témoignage permet de dessiner en creux une galerie de portraits, croqués sur le vif, attachants, drôles, profonds : mineurs ayant consacré toute leur vie à la mine, épouses, fille, qui les ont accompagnés, prêtre ouvrier qui les a suivis jusque dans leurs luttes…

Pas d’hagiographie cependant, ni d’élaboration d’un mythe, le documentaire malgré sa forme intensément poétique garde trop d’humour et de distance pour cela ! La vie déborde de sa transmutation en art, les œuvres montrées au cours du reportage en sont l’écho, points d’ancrage pour une évocation sans doute magnifiée et nostalgique qui rend justice à une mémoire ouvrière que les guides touristiques oublient trop vite…

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2020

Les Gueules Rouge : Mémoires des mineurs de bauxite en Provence (réalisation Les éditions Plaine Page) a été projeté au musée des Gueules Rouges de Tourves le 16 février.

Visuel : affiche Les Gueules Rouges : Mémoires des mineurs de bauxite en Provence © Plaine Page